La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

J L't~GLISE ET LE TRAVAIL 579 de ses sollicitudes amoureuses, n'était pas même estimé par les Grecs digne du nom de citoyen, et se confondait a leurs yeux dans le rang des esclaves. Ils· estimaient qu'un homme d'esprit, jouissant de tou, les droits, ne devrait pas travailler et pourrait même dédaigner les beaux-arts : tel il devait paraître dans les théâtres et dans ses libres fréquentations, et n'user dans les assemblées que d'une oisive éloquence. Ces habitudes des C1recs différaient peu de celles des Romains. L'orateur et le philosophe qui porta si solennellement le nom de Marcus Tullius professait pour le travail un tel dédain que ouvriers et manœuvres ne comptaient de son temps que pour des barbares et des gens de rien. Térence, qui est un bon témoin des idées acceptées dans la Rome de :.on époque, nous donne a entendre que celui-là et:1it considéré digne d'honneur et de respect qui menait en oisif une vie qui ne l'obligeât pas a gagner son pain en travaillant. Quelle fut l'occupation chère aux Romains libres? Juvénal nous l'apprend : « Rivaliser <c d'insolence avec les riches, pour en avoir du pain et de sanglants passe-temps. » Tel fut le sort que firent au travail les deux peuples les plus civilisés du paganisme; et le reste du monde ne lui fit pas une meilleure fortune. Comme les vieux Germains, dont Tacite a raconté l'histoire, avaient pour le travail un mépris instinctif, de même aujourd'hui nous observons la même antipathie chez les peuples que n'éclaire pas encore la lumi~re de l'Évangile. Dans les Indes, un brahmine - c'est-à-dire un membre de la classe élevée - se croirait souillé s'il touchait seulement de la main un outil. Les sauvages de l'Amérique du Nord, s'abstenant de tout travail, réservent les pénibles offices aux femmes, qui sont tenues par leurs maris pour des esclaves. » ous ne contesterons pas d'une manière absolue l'exactitude des faits que nous venons de· rapporter; mais nous devons observer: 1° qu'ils ne sont probants que pour les lieux et les temps auxquels ils sont relatifs; 2° qu'au bout de dix-neuf siécles de christianisme, la situation n'a pas sensiblement changé, les mots seuls diffèrent; 3° que si dans les Indes, les brahrnines - c'est-a-dire la classe non seulement élevée mais sacerdotale - se croiraient souillés par le travail manuel, leurs compairs de l'Occident, les prêtres catholiques, croient exactement la même chose, ou du moins agissent comme s'ils le croyaient, ce qui revient au même. La lumière de l'Évangile ne parait donc être pour rien dans cette affaire. Mais une question plus importante se pose : Le mépris du travail a-t-il été unive.rsel? A-t-il été la règle dans tous les temps et dans tous les lieux jusqu'à l'avènement du christianisme? En un mo_t, la haine du travail est-elle 'naturelle à l'homrile?

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