La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

A PROPOS DE LA LOI FALLOCX. 535 lorsqu'il s'agit d'asseoir les fondements mêmes du régime républicain. On trouverait facilement les sommes nécessaires dans les 44 millions que l'État soi-disant laïque verse chaque année aux Églises. En réalité, c'est beaucoup moins le souci de la gestion financiére qui a dicté leur lenteur, leurs hésitations, à nos gouvernants, que le désir de ménager le parti catholique (1). Il est à noter, au surplus, pour revenir à la charte fondamentale de l'enseignement laïque, que la loi de 1882, à peine promulguée, a éte violee par une circulaire ministérielle. N'a-t-on pas permis à nos instituteurs d'enseigner le catéchisme aux enfants, dans certaines conditions et aussitôt la classe terminée? Comment concilier avec ces faiblesses, ces capitulations, la roideur des principes affirmés à la triburie, il y a seize ans, par les orateurs du parti républicain? Le premier devoir des défenseurs de la société ciYile est de sortir des textes encore si proches de nous de leur arsenal et d'en prescrire l'application. Laïcisation des écoles publiques, dissolution des congrégations non autorisées, interdiction à l'instituteur de se mêler d'affaires confessionnelles : telles doiYent être, sur l'heure, les premières mesures à arrêter. Mais il y a plus et mieux à entreprendre. * * * Que subsiste-t-il de la loi Falloux? Presque rien tout. La plupart des dispositions sont tombées devant la réglementation ultérieure. Le principe reste : la libe;tc de l'enseignement. Depuis six mois une campagne active a été menée pour restreindre la puissance de rayonnement de l'éducation congréganiste. En présence des faits récents, de l'infiltration continue des créatures de l'Église dans les hautes fonctions publiques, on s'est demande si l'État n'avait pas, lui aussi, des droits a faire préYaloir, s'il ne devait pas lui être loisible d'imposer aux candidats officiers ou employés telle et telle condition. Une idée-.Q.été lancée ou plutôt reprise qui a obtenu un trés vif succès. Pourquoi, tout aspirant aux carrieres militaire et administratiYe, ne serait-il pas tenu de justifier de deux ou trois années d'études dans un lycée ou dans un collège de l'Unh·ersité ? La proposition était séduisante à première vue; elle maintenait théoriquement et même pratiquement la liberté de l'enseignement, puisqu'elle se bornait à prendre contre elle certaines garanties. Elle l'atteignait, d'autre part, de manière oblique, en soustrayant au clergé (1) Lors de la discussion du budget de 1898, Je citoyen Lavy réclama à la Chambre la stricte exécution de la loi de 1886, dans un délai maximum de dix ans ! Sur la demande de MM. Méline et Rambaud, la motion fut rejetée par 318 voix contre 234.

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