La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

530 LA REVUE SOCIALISTE La domination du cléricalisme sur la pensée française était désormais complcte. Mais l'exces même de l'insolence et de l'ambition allait proYoquer une réaction dans le sens n;publicain. Il nous reste à exposer ici les mesures qui ont <.'.:tpérises de 18ï9 ù 1886, par le parti républicain triomphant des assauts monarchistes, pour arracher bribe à bribe à l'Église les privilégcs qu'elle aYait conquis. Lorsque nous aurons pr<.'.:sentlca nomenclature des réparations, bien trop timides, h<.'.:las ! données à l'esprit laïque, on comprendra mieux l'importance de la t:'tchc à accomplir encore, l'urgence d'un plan bien conçu de défense et d'attaque à la fois, contre les prérogatives exorbitantes conscn·ées par l'éternelle ad\'ersaire de la démocratie. Nos lecteurs n'attendent certes pas de nous que nous reprenions l'histoire longue et haletante des luttes de l'État et du parti catholique, durant la période dont nous signalions les dates extrêmes. Qui ne se rappelle, au surplm, les polémiques -;iolcntcs engagées autour de l'article 7, les manœuvrcs dont les congrégations uscrent alors soit pour exciter l'opinion, soit pour se soustraire;\ la consécration du droit? La loi <lu 27 fé,·rier 1880 élimina du conseil supérieur et des conseils d'académie l'élément ecclésiastique. La loi du 18 mars 1880, tout en maintenant la liberté de l'enseignement supérieur, rendit aux facultés de l'État la collation exclusiYe des grades. Les dccrets du 29 mars 1880 enjoignirent à la Sociétc de Jésus de se dissoudre dans les trois mois et accordèrent aux autres sociétés religieuses un délai de trois mois pour demander l'autorisation. On se souvient que ces décisions du pouvoir exécutif furent prises pour suppléer le fameux article 7, YOtépar la Chambre a cent voix de majorité, repoussé par le Sénat, et qui devait interdire la faculté d'enseigner aux membres des congrégations non reconnues. Quelques chiffres donneront la mesure de l'influence que ces associations anient ressaisie, malgré le 4 Septembre, malgré l'effondrement du 16 1'Iai. Les jésuites qui n'avaient pas dépassé le total de 1,000 sous l'Empire, at_teignaient celui de 1,509 à l'heure même oü la forme républicaine l'emportait. De 1865 à 1879, ils avaient doublé le nombre de leurs établissements seconcfaires, 27 au lieu de 14 - et de leurs élèves : 9,000 au lieu de 5,ooo. En même temps les autres associations constituées au mépris du droit public comptaient 8,000 élèves. Les décrets furent, au surplus, mollement appliqués. Par son incroyable force de résistance, par la profondeur de sa diplomatie, l'Église a brisé la loi, la rnlonté solennellement exprimée du suffrage universel. La loi du 16 juin 1881 institua la gratuité des écoles publiques primaires; elle supprima en même temps les équivalences reconnues par ·-

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