La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

, A PROPOS DE LA LOI FALLOC:\ trer, par le détail, tous les profits qu'elle conffrait à l'Église? Est-il nécessaire d'insister sur cette conclusion que l'État cédait à celle-ci plus que la libertê, plus que les droits prévus par la Constitution républicaine, et qu'il se désarmait en face de la poussée cléricale en lui fournissant les armes les mieux trempées? Nous croyons, par un simple résumé de la discussion de 1850, avoir mis en relief la haute signification de l'attentat ultramontain. On remarquera toutefois, car on ne saurait trop revenir sur cette constatation, que les congrégations allaient pouvoir tirer de leurs immenses richesses un monstrueux avantage. Si encore l'État avait, à force de sacrifices, dressé l'école gratuite en face de la classe des Fréres ou de l'institution des jésuites, il y aurait eu lutte difficile, mais enfin concurrence. Or la LégislatiYe . s'était bien gardée d'organiser l'enseignement public. Presque toute la population scolaire devait fatalement se déverser dans les officines où le cléricalisme lamine, rétrécit et mutile les cerveaux. D'autre part, laissant le champ libre à la société religieuse, la société civile lui permettait de s'insinuer sur son propre terrain, en organisant à tous les degrés le contrôle ecclésiastique dans l'instruction. Par le conseil supérieur, par les conseils académiques, par les simples visites de curés dans les écoles, l'Église mettait le pied sur toute la hiérarchie .de l'enseignement. L'éducation officielle était dcsormais tout 'impregnée d'esprit jésuite. On bouleversait l'œuvre de la Rholution; on renversait l'UniYersité impériale; on consommait le forfait politique et moral deYant lequel la Restauration et la Monarchie de Juillet avaient elles-mêmes reculé. * * * La loi Falloux ne marque pourtant pas la limite des empiétements de l'Église : elle avait l'enseignement primaire, l'enseignement secondaire; il lui fallait aussi l'enseignement supérieur. Et par une aventure étrange, ce fut encore sous la République, pour la troisiéme fois instaurée, qu'une asseri1blée dévouée au Pape lui consentit le scanda. Jeux abandon. Une loi de 1875 procra;11a la liberté de l'enseignement supérieur. La seule garantie qu'elle exigea, ce fut la présence de trois administrateurs au moins dans les établissements libres. Ceux de ces établissements qui comptaient autant de docteurs que les facultés de l'État comprenant le moins de chaires, avaient droit au titre de facultés; trois facultés en .se réunissant pouvaient prendre le nom d'université libre. Enfin, derniére désertion de tous les anciens principes - la loi organisait pour la collation des grades des jurys mixtes, où laïques et ecclésiastiques pouvaient siéger en nombre égal. 34

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