La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

A PROPOS DE LA LOI FALLOUX semblée qui a comblé les vœux du parti prêtre en lui livrant l'éducation, dépassait encore en fureur religieuse et en ferveur réactionnaire celle qui vota la loi. du blasphème et celle qui voua le pays au SacréCœur. La Législative, élue en 1849, portait l'empreinte des terreurs bourgeoises. L'échec de la poussée sociale de Juin, la réapparition du spectre rouge, habilement maniée, le défaut d'organisation et l'ignorance des masses; de multiples causes expliquaient le retour des idées rétrogrades. La grande majorité de la représentation nationale était inféodée à l'Église. Nul ne personnifie mieux la classe possédante et dirigeante de cette époque que le petit Thiers; c'est lui qui par haine de l'instituteur laïque, élément de désordre, allait livrer toute la jeunesse aux congrégations, - qui pour venger le régime censitaire effondré, allait mutiler le suffrage uniYersel, -qui par appréhension de la République, allait ressusciter l'Empire. La Législative, travaillée par les agents du clergé triomphant, par les.jésuites de robe courte, - les Falloux et les Montalembert à leur tète, - était prête à instaurer une théocratie plus ou moins déguisée. Elle était connincue que pour pacifier la France, après tant d'ébranlements, il fallait extirper la pensée libre, ferment de convoitises, d'e1wies -- agent de troubles - et que la contrainte de la foi religieuse était le meilleur, l'unique remède aux passions du temps. La loi Falloux devait rendre à ce pays l'unité morale, la résigna.tion politique, la déférence sociale, perdues depuis 89. Elle aYait été mûrement préparée et délibérée dans les cénacles de la droite. Le président Louis Bonaparte en avait encouragé l'auteur, afin de bien marquer sa gratitude aux artisans de sa propre élection. La commission qui examina le projet ne comprenait guère qu'un républicain, Barthélemy Saint-Hilaire, ses collègues étant Salmon, Coquerel, Baze, Sauvaire, de Melun, de l'Espinay, Dufougeray, de Montalembert, Rouher, Thiers, Fresneau et Parisis, évêque de Langres. Le rapporteur, Beugnot, se vantait de défendre les intérêts catholiques et son travail était une simple nomenclature des griefs du parti« de la résistance». Il déclarait la guerre à toutes les idées nouvelles, au gouvernement populaire, à la science, et présentait hardiment la loi comme une arme contre la République et- contre les principes laïques. Cette courte citation du rapport résumera à merveille la pensée de Beugnot et de ses amis. « Lorsque la société tout entière, avec sa religion, ses mœurs, ses plus précieux: intérêts, ses saintes et éternelles lois, est devenue tout à coup l'objet d'attaques aussi audacieuses que multipliées, qua.nd les notio,;is élémentaires de la vérité, de la justice et du droit, sans les- /

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