La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE POLITIQüE 519 action <lu Parlement et qu'ils cherchent le moyen d'intervenir euxmêmes. Dans la récente grève des terrassiers et des corporations du bâtiment fermeptaient des espcrances obscures. J'ai entendu dire a quelques socialistes, après l'échec complet de la grève des chemins de fer : « L'idèe de la grève générale est morte. >> Je le dis très nettement : ce n'est pas mon avis. li est dcmontré à coup sûr qu'elle ne peut être décrétée par quelques hommes, qu'elle n'est pas un mécanisme qu'on puisse mettre en mouvement en pressant un ressort. Elle suppose un vaste èbranlement des esprits, une longue préparation et un élan enthousiaste. Mais si beaucoup d'illusions puériles sont tombées, si ceux qui croyaient pouvoir réduire à une sorte d'automatisme de grève l'infinie complexité du mouvement révolutionnaire ont été cruellement avertis de leur erreur, il faut se garder de croire que le prolétariat renonce à l'action par la grève généralisée. Au contraire, la rapidité avec laquelle le mouvement de gréve s'est étendu à Paris, même malgré la dispersion de la classe ouvrière, à toutes les corporations du bâtiment, a vivement ému les ouvriers. Ils ont eu l'impression que soudain de vastes ébranlements pouvaient se produire. Mé}is ce ne sont encore que des espérances et des émotions confuses. Il est urgent d'amener toutes les idées encore incertaines i la précision et à la clarté. Il est urgent aussi de donner au prolétariat l'organisation sans laquelle toute tentative demeurera vaine. En fait, sous le mot de grève gcnérale se cachent et se mêlent trois idces différentes : r0 Il peut être question d'une vaste grève étendue à plusieurs corporations et ayant pour objet d'obtenir directement du patronat des concessions. C'est ainsi que quand les mécaniciens anglais ont lutté contre leurs patrons pour obtenir la journée de huit heures, si les autres corporations, comme les constructeurs de navires, etc., etc., avaient suivi le mouvement, il y aurait eu une sorte de grève générale à caractère purement corporatif. 2° On peut imaginer aussi une vaste grève dirigée contre les pou- :voirs publics et ayant pour effet d'obtenir du Parlement une réforme légale. Ainsi, quand les ouvriers belges ont menacé de la grève générale les Chambres censitaires qui refusaient le suffrage universel, cc n'est plus contre le patronat, c'est contre l'État qu'est engagée la lutte ouvrière. Ainsi encore, si les terrassiers et ouvriers du bâtiment avaient dit: Nous cessons le travail jusqu'à ce que le Parlement ait inséré dans les cahiers des charges la série légale des prix, il y aurait eu une sorte de grève étendue et a caractère politique. Mais le mouvement ainsi compris, avec son objet limité, n'aurait pas été révolutionnaire. Il n'aurait pas été une déclaration de guerre à tout l'ordre capitaliste. 3° Au contraire on peut prévoir uns troisième bypothcse où la

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