La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

520 LA REVUE SOCIALISTE grève générale serait en quelque sorte la forme économique d'un mouvement révolutionnaire. Alors tous les traYailleurs sachant que le travail est le fondement rnême de la société, refuseraient le travail pour ébranler et précipiter la société elle-même. Ce serait, pour le prolétariat, l'équiYalent de cc qu'a été plus d'une fois pour la bourgeoisie le refus de l'impôt. Il serait assez puéril d'objecter que jamais tous les travailleurs de toutes les corporations ne pourraient se mettre à la fois en grève. Il suffirait qu'une fraction importante de la classe ouvrière entrât dans le mouvement en lui donnant cette signification révolutionnaire pour qu'il y eût grève générale. Il ne me paraît donc pas légitime de nier a priori la possibilité d'un mouvement de ce genre. Mais le prolétariat doit bien distinguer les conceptions très différentes qui s'agitent pêle-mêle sous le même mot. Car a chacune de ces formes différentes de la grcYe générale correspondent des préparations et des conceptions différentes. Pour mener utilement contre le patronat une grande lutte corporative, il faut une puissante organisation syndicale et un groupement, une fédération des syndicats. Cette fédération pourrait, suivant le besoin, mettre en ligne un nombre plus ou moins grand de corporations, étendre ou resserrer le front de bataille. Pour peser sur le Parlement, en vue d'une réforme légale, il faut que cette action syndicale soit combinée avec l'action parlementaire. C'est seulement quand la fraction parlementaire du parti socialiste aura donné a une question déterminée, comme la journée de huit heures, la série <les prix, etc., beaucoup de précision et d'éclat, quand elle aura réfuté les objections, précisé les solutions en projets de loi et dénoncé le mauvais vouloir de la majorité, que le prolétariat pourra utilement intervenir par un vaste mouYcment de gn:ve et forcer les Yolontés hcsitantes ou rebelles. Enfin il y aurait folie a jeter le prolétariat dans la grève générale a caractère révolutionnaire si un vaste ébranlemetJt des esprits, si une crise profonde ne mettaient pas en péril tout le système capitaliste. S'imaginer que sur un signal il est possible, a jour fixe, de renverser une société qui repose sur tant d'intérêts et tant de forces, cc serait de la démence. Cette forme de la grève générale ne peut interYenir que pour convertir en réYolution le désarroi violent et visible du système. Et pour que ce mouvement ne se perde pas il faut que le prolétariat, dans son ensemble, ait l'éducation socialiste. Il faut qu'il soit préparé à abolir l'ordre capitaliste, à susciter et à diriger l'ordre nouveau, sans quoi il ne saurait quel usage faire de la victoire et retomberait au chaos. Aussi, bien loin que la grèYe générale puisse se substituer ,'t l'action politique et a la propagande doctrinale du socialisme, elle ne peut avoir le sens révolutionnai1'e que lui veulent donner ses pre-

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