RE\'UE POLITIQCE politique de réaction. Pour combattre le socialisme, M. Méline a fait appel à la droite, à l'Église, au capital contre la démocratie. Il a fait appel à toutes. les forces d'oppression et de pri\'ilège pour mater le suffrage uni\'ersel. Mais si dans cette entreprise de Yiolence légale on ne réussit pas, qui ne voit qu'il n'y a d'autre issue que la Yiolence factieuse et le coup d'État? L'Église, n'ayant pas réussi son opération par les procedés frauduleux et tortueux de M. Méline, a compté sur le tranchant du sabre. Le moine Didon a crié la pensée de tous les siens : et la réaction a vécu plusieurs semaines dans l'attente exaltée d'un coup d'État. Quel moyen de supprimer le péril? Il ne suffit pas de faire la lumiére dans l'affaire Dreyfus et de dissiper les ténèbres ou la réaction tendait ses piéges. Il ne suffira même pas de châtier les coupables, les faussaires, les menteurs, les Yiolateurs de toute vérité, de toute humanité et de toute loi. Il faudra renoncer à jamais à la politique de réaction, décourager l'état-major et l'Église en s'appuyant sur la démocratie. Or, le ministére Dupuy ne peut p~s Jaire cette grande œuvre démocratique, et c'est pourquoi le parti socialiste a bien fait de lui refuser sa confiance. Il ne faut pas être dupe des mots et des attitudes. La Chambre semble coupée en deux. M. Méline, chef des modérés, a été renversé. M. Brisson, chef des radicaux, a été renversé : et chaque fois ce sont de faibles majorités qui décident le ,·ote. Ce sont de faibles oscillations qui font chavirer le gouvernement lnal établi. Dés lors, l'idée venait tout naturellement aux politiques en disponibilité, comme MM. Dupuy et Freycinet, de retourner à la concentration, d'amalgamer modérés et radicaux. Il était naturel aussi, au lendemain des pires insolences militaires, quand les plus inertes et les plus aveugles étaient encore indignés de la félonie factieuse d'un Chanoine, que le gou,·ernement proposttt à cette majorité mêlée la défense de la République. C'était le thérne tout indiqué de la concentration nouvelle. De là le ton conciliant de M. Dupuy qui n'a pas brutalisé cette fois les partis de gauche, qui a même négligé de jeter a\1x socialistes le cri de guerre qu'il leur jetait il y a cinq ans. Mais qu'on ne s'y trompe pas, M. Dupuy reste l'homme qui a fermé la Bourse du travail, et Yiolenté les anciens mineurs du Pas-de-Calais. Au moindre mouvement prolétàrien il retrouvera toute sa brutalité. Et aussitôt que les socialistes formuleront devant le Parlement les grands projets de réformes, quand ils demanderont par exemple une application sérieuse de l'impôt général et progressif sur le revenu, le ministère, pour les combattre, sera tenté d'incliner à droite. Il sera malaisé aux radicaux de ne pas voter les réformes inscrites au programme radical; quand les socialistes, par exemple, reprendront le projet Doumer, comment les radicaux pourront-ils le repousser? Dés lors, sous la concentration
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