La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE pas comme eux et ne déclame pas comme eux est un traitre : et ils cherchent constamment la preuve matérielle de sa trahison. Des papiers, s'il Yous plait! De bons petits papiers où soit inscrite la somme donnée au traitre! Un petit document qui foudroie les conspirateurs ! A nous ks papiers Norton ! A nous le faux Henry! Ce n'est pas par accident, c'est par essence que le nationalisme -est le parti des faussaires : la politique des faux papiers est sa mesure. On conçoit que ce triste assemblage de déclamateurs et de sots ne résiste pas à la force des grands évenements. Les voilà tous aplatis à cette heure sur les premiéres décisions de la Cour de Cassation et sous la menace prochaine de l'entière vérité. li est nai que leurs grands hommes de la presse et de l'état-major \'Ont subir de rudes épreuves. Comment les journaux militaristes et antisémites s'y prendront-ils pour adoucir à leurs lecteurs l'amertume des réYélations inévitables? li faudrn bien leur avouer que Dreyfus est innocent, et que depuis quatre nns on les a trompés. Quelle que soit ln puissance d'i,wention qu'on oppose aux faits, il vient une heure où les faits, qui sont terriblement t0tus, l'emportent. Et pourtant qtù sait si le public, habitue à vivre dans le mensonge, ne demandern pas du mensonge encore? La puissance de la presse menteuse est un des plus grands scandales et une des plus grnndes tristesses du régime actuel. Il faut que l'étnt d'ignornnce oü le snlnriat tient une pnrtie des masses et la sottise irritée des diYers groupes petits-bourgeois que la concurrence met aux prises abaissent et faussent étrangement les consciences pour qu'il soit permis aux journaux de mentir sans cesse et ne se point briser. Qui sait pourtant si cette fois il n'y aura pas dans la foule un obscur remords d'avoir sui\'i les entrepreneurs de mensonges dnns une entreprise qui fait faillite? Quant aux genéraux et nnciens ministres de la guerre ils nurout à expliquer pourquoi ils ont affirmé la culpabilité de Dreyfus. Je l'avoue: j'attends n,·ec quelque curiosité leur démonstration. Mais nous savons dés maintenant qu'il n'en sortira qu'une chose. C'est que la caste militaire et cléricale est assez puissante pour enYelopper et façonner les ministres de la guerre, même ceux qui comme Zurlindcn et Chanoine paraissarent d'abord résignés ou décidés à la reYision. Il a bien fallu qu'ils allèguent les terribles mystères du dossier secret pour expliquer leur subite volte-face ou excuser leur félonie. Mais à la faiblesse des raisons qu'ils donneront à b Cour on mesurera la force des influences sociales qui les ont pénétrés et asservis. Voilà l'effrayant symptôme du péril militariste et réactionnaire. A cc péril, comment faire front? Rouanet l'a très bien dit, le jour de ln déclaration ministérielle, en réponse à M. Dupuy. L'audace factieuse des généraux et de l'état-major est la suite naturelle d'une

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