La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE parce que depuis un an l'effort de vérité a ébranlé les consciences trop d'esprits aujourd'hui sont troublés, les crimes de l'état-major apparaissent trop bien pour qu'il soit possible maintenant de faire le silence et la nuit. Même si, à la chute de M. Brisson, M. Félix Faure a\'ait appelé M. Déroulède et M. Cavaignac, ceux-ci auraient été im-. puissants. Car ils auraient dù procéder non seulement à un coup d'État contre la Cour de Cassation, mais à un coup d'État contre la conscience publique. Et le ministère Dupuy a dû, dans l'affaire Dreyfus, reprendre la politique de M. Brisson. Il a déclaré qu'il laisserait toute liberté à l'œuvrc de justice, c'est-à-dire qu'il communiquerait à la Cour de Cassation tous les dossiers qu'elle demanderait. Il a déclaré que l'honneur de l'armée deYait être <legagéde « certaines solidarités>>. Et il a trés prestement laissé au seul général Mercier la responsabilité de tout le prod:s de 1894. Enfin, M_ de Freycinet a congcdié le chef d'étatmajor général que M. CaYaignac avait install,~ pour le salut des faussaires. Pour les nationalistes et antiscmites c'est un écroulement. lis savent que de l'enquête de la Cour de Cassation sortiront des vérités terribles pour eux : et ils se demandent, dans le plus extrême désarroi, comment ils pourront amortir le coup. Ils ne trouvent rien. Au lendemain de l'arrêt de la Cour qui déclarait la révision recevable en la forme, et décidait un supplément d'enquête, ils ont essayé de cacher leur désespoir et leur terreur sous une grimace de joie. A merveille, a dit l'Écln.ir: « Les révisionnistes n'ont pas la révision : ils n'ont que l'enquête. >>Mais ]'Eclair savait à merveille que c'est précisément l'enquête que demandaient les ré\·isionnistcs. Et la feinte est si grossiére qu'elle ne peut s'expliquer que par le désir assez naturel de ménager un peu l'amour-propre des lecteurs auxquels on a si sou\'ent annoncé l'écrasement« du syndicat>>. M. Rochefort a été plus franc. Il a avoué que le coup portait, et à fond. Et il a supplié les géné.raux de ne pas liwer à la Cour de Cassation le fameux dossier diplomatique et ultrasecret. Ah ! s'il contenait une ·seule piccc sérieuse, comme M. Rochefort en demanderait la publication! M. Drumont, lui, a une tactique inverse. li dit aux généraux:« Mais parlez donc; nous avons eu confiance en Yous; Yous n'avez pas le droit de vous taire. >>M. Drumont préparerait-il un mouvement tournant? Si les choses \'Ont trop mal, si quelques bonnes âmes vraiment chrétiennes se plaignent qu'on les ait engagées à faux contre un innocent, M. Drumont se réserve de leur dire : « Nous aYons eu confiance aux généraux. Ce n'est point notre faute s'ils ont abusé de notre bonne foi. >>Peut-être même M. Drumont rappellera-t-il le temps oü il accusait les jésuites d'avoir énervé \.'.t abêti les catholiques. Et il leur reprochera d'avoir façonné un étatmajor incapable et imbécile qui par sa méprise dans l'affaire Dreyfus

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