REVUE POLIT!Qt:E REVUE POLITIQUE La chute du ministère Brisson n'a pas donné aux nationalistes ce qu'ils en attendaient. Elle avait été machinée aYec une perfidie extrême, car au moment même ou M. Méline, dans son discours d'Épinal, accusait le ministére de ne pas protéger « l'armée », c'est-à'- dire du Paty de Clam, Esterhazy et leurs complices, le général Chanoine refusait de mettre er}-,.mouvement les poursuites; à vrai dire, il eût été malaisé d'obtenir du jury qu'il confondit l'honneur de l'armée et l'honneur d'Esterhazy; mais, de plus, le ministre de la guerre permettait ainsi aux conjurés de préparer leur coup contre le ministère Brisson. En séance, quand le général Chanoine, par une félonie peut-être sans exempl"', frappa les ministres avec lesquels il avait' délibéré le matin même, ce nom•eau scandale militaire parut émOU\'Oir un inoment tout le parti républicain. Un ordre du jour fut rédigé qui réunit les signatures de tous les groupes républicains du centre aux socialistes. Mais quelques minutes après, les modcrés, poussant leur manœuvre, renversaient le gouvernement. Tandis que les socialistes, sans arrièrepensée aucune et dans le seul intérêt de la défense républicaine, mettaient leurs signatures à côté de celle de M. Méline, les modérés n'oubliaient pas une minute leur dessein et leurs intérêts propres. Ils prouvaient une fois de plus qu'en eux l'esprit de calcul, l'égoïsme de classe et de groupe est éternellement dominant et qu'aux heures de péril ils n'apportent jamais à la République qu'un concours sournois. Mais toutes ces manœuHes, si elles ont renversé M. Brisson, n'ont pas arrêté le mouvement des choses. Les nationalistes et les antisémites, avec leur étourderie et leur sottise ordinaires, ont pu triompher un instant. En réalité, ils étaient vaincus et la chute même de M. Brisson faisait apparaître leur défaite à découvert : car elle a montré que l'irrésistible force de vérité et de probité qui balaie en ce moment les bandes césariennes était tout à fait indépendante de telle ou telle combinaison ministérielle. La révision, engagée par M. Brisson, ne pouvait pas être arrêtée. Ce n'est pas seulement parce que le mécanisme judiciaire devait continuer nécessairement à fonctionner. C'est surtout 33 -............
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