REVUE DfiS LIVRES partie du péuple, composée d'hommes préoccupés de l'intérêt présent et personnel », et qui n'ont « ni assez de ressources matérielles, ni assez de culture intellectuelle pour agir en vue d'intérêts lointains et généraux » n'a pas subitement pris la ·place des « fortunés », qui restent, après comme devant, sous la troisième république comme sous l'Empire, les seuls ayant accès à l'instruction secondaire et supérieure, pour qui et par qui les programmes d'instruction sont élaborés. Mais M. Fouillée se trompe encore dans le rôle de matière pensante qu'il assigne à cet élément social. Il semble croire que les bourgeois et les capitalistes n'ont pas d'autre préoc.:upation que d'orner leur intelligence et de perfectionner leur culture en vue d'être plus dignes de conduire et de « diriger» la démocratie contemporaine. Or il est loin d'en ètre ainsi. Ces « fortunés », qui ont des « ressources matérielles et des loisirs », tra,·aillent, eux au,ssi, à leur façon, pour maintenir ou accroître la somme de ces « ressources et de ces loisirs ». Et en réalité, c'est eux, non le peuple, b démocratie, qui ont la haute main sur l'enseignement secondaire, puisque cet enseignement est fait pour eux. S'ils délaissent l'l~tude du latin et les humanités pour la préparation utilitaire de l'enseignement moderne, s'ils préfèrent l'instruction mécanique et le bourrage des établissements congréganistes au système d'éducation de nos lycées, la démocratie n'est pour rien dans cet abandon - qui ne date d'ailleurs pas d'aujourd'hui. Car voilà longtemps qu'on s'élève contre l'inutilité de l'enseignement classique, contre les connaissances générales « qui ne servent à rien », lit-on déjà dans les doléances qu'.on faisait entendre sous l'Empire. Si M. Fouillée allait au fond des choses, au lieu de se contenter d':i-peuprés analogiques aussi risqués que l'apologue cité plus haut, il chercherait à se rendre compte des causes profondes, intimes, qui font abandonner par la haute bourgeoisie l'enseignement classique; il se demanderait si le régime économique actuel, en exaspérant avec les antagonismes de classe la lutte univ'!rselle pour le profit, n'est pas, nécessairement, une des causes premières de la modification survenue dans le jugement porté par les classes dirigeantes sur la valeur de la culture générale. L'organisation sociale contemporaine ne n:posc+elle pas, en effet, sur la prééminence des possesseurs de valeurs marchandes, industriels, propriétaires, banquiers, etc. Dès lors, n'est-il pas naturel que le « désintéressement » des études se ressente des exigences primordiales du régime économique ? Que << vaut » l' « humanisme »? Rien par rapport aux fins immédiates ou prochaines. Aucune valeur concrète, au sens économique de ce terme. O_uoid'étonnant, dés lors, que des hommes ayant des « ressources » mais contraints de les accroître sans cesse sous peine de les voir diminuer ou disparaître, se préoccupent exclusivement de donner à leurs enfants une éducation utilitaire? C'est un préjugé, une opinion erronée, répondra M. Fouillée, attendu que l'enseignement classique, loin d'affaiblir les qualités nécessaires à la lutte, les développe. M. Fouillée peut avoir raison, 1.paisqu'il essaie de convaincre ceux qui envoient leurs enfants au « moderne» ou dans les établissements congréganistes et qu'il ne s'en prenne pas à la démocratie. C'est par haine de la démocratie, que l'enseignement des bons pères triomphe sur celui de l'Université. C'est ·parce que l'Univer-
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