La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Puis, comme la création du baccalauréat sans latin n'exigeait qu'une instruction primaire supérieure, les Frhes de la Doctrine chrétienne, les Frères <lu Sacré-Cccur, les Petits Frères de Marie, la Société de la Croix d..: Jésus ont pu transformer leurs établissements primaires en établissements secondaires, où l'on a fait des bacheliers modernes sans compter. M. fouillée ne se contente pas de signaler le mal qui ronge notre enseignement et menace de faire <lécheoir la France du rang intellectuel qu'elle occupait dans le monde. li indique le remède, les réformes à apporter dans l'enseignement classique, aussi bien que dans l'enseignement moderne, pour remettre en honneur b culture désintéressée de plus en plus abandonnée. Ses considérations nous ont beaucoup ému, mais nous avouons sans fausse honte notre incompétence t.!n la matière. Cependant, nous n'hésitons pas à acquiescer à la thèse générale de M. Fouillée et, ceci va le surprendre sans doute, nous avons souci des lettres latines et de l'enseignement cL1ssique, parce que nous sommes démocrate et socialiste. i\l. Fouillée croit, en effet, que « le danger de la démoaatit.!, en mettant le pouvoir aux mains du plus grand nombre de ceux qui vivent presque au jour le jour, est la substitution de l'intérêt personnel, immédiat et matériel, au bien général et plus ou moins lointain, surtout d'ordre spirituel ». Par opposition ù la masse de ceux qui vivent au jour le jour, il suppose qu'il existe« un ensemble d'hommes, non pas plus méritants mais plus fortunés, que leur situation sociale et leur culture intellectuelle rendent capable, même indépendamment de toute moralité supérieure, d'oublier l'intérêt immédiat en \'Ue d'un but plus lointain ou, ce qui est mieux encore, d'un but 11atio11al ou même lm11111i11 ». Et il réédite l'apologue de i\Iénénius Agrippa, avec cette \'ariante, que les cellules du cerveau sont investies, dans le nouveau conte, du privilège social que le vieux patricien attribuait aux cellules de l'estomac. « Si la 1.lirection de notre corps, dit-il, s'impose aux cellules .::érébrales du cerveau, non à celles de l'estomai:, c'est qu:: les premi<'.:n:speuv1:nt agir pour des utilités loi111aines et même impersonnelles, tandis que la cellule de l'estomac ne connait qu'un devoir : absorber sur le moment le liquide nourricier dont elle a besoin. » Ainsi, les hommes qui vi\·ent au jour le jour du produit d'un labeur opini.itre sont ceux qui digèrent et les autres, les fortunés, n'agissent que (( pour des utilités lointaines et même impersonnelles >1 I Et M. Fouillée recommande dans son livre l'étude de la sociologie comme propre à compléter l'instruction solide que donne l'enseignement classique. Si on apprend aux jeunes gens la sociologie par des à-peu-près d'analogie physiologique comme celui qu'a risqué là M. Fouillée, ce n'est pas la peine, vraiment, de changer ce qui est. Ces jeunes gens risqueraient d'y perdre les notions positives de physiologie que leur donne l'enseignement moderne, et les métaphores sociologiques, du goùt de celle que je relève, qu'on leur substituerait, ne paraissent gu1;:rede nature à les compenser avec profit. Rien de plus inexact, en effet, que d'attribuer, comme le fait M. Fouillée, à l'avènement de la démocratie l'éloignement qui se manifeste à cette heure pour la culture générale. L'avènement de la démocratie au suffrage universel n'a modifié en rien la situation respective des classes sociales. (< La majeure

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