... - REVUE DES LIVRES enquête approfondie sur le meilleur mode de préparation. Les savants et les spécialistes consultés ont répondu d'une voix unanime « que la préparation générale, avec les humanités pour base, était bien supérieure à toute préparation de tendance professionnelle et utilitaire ». Au dire de M. Fouillée, la création de l'enseignement « moderne», dont les progrès et l'extension prise au cours de ces dernières années ont été réalisés aux dépens de l'enseignement classique, est le résultat d'une lourde erreur commise par les spécialistes, dont les vues bornées inquiétaient déjà Auguste Comte. Ils ont cru, en offrant un enseignement débarrassé du grec et du latin, faire plus vite des savants et des professionnels, dont l'action ne tarderait pas à exercer une influence heureuse sur le développement de n.otre industrie .. Ils se sont gravement trompés, car la science n'est féconde en découvertes applicables à l'industrie et susceptibles de la transformer, que si elle est cultivée par des hommes dégagés de toute préoccupation utilitaire, ayant reçu une haute éduca!ion philosophique'générale. Tout récemment, en Angleterre, une commission royale se rangeait à l'opinion suivante exprimée par M. Keling : « Notre suprématie industrielle ne saurait se maintenir que si nous faisons quelque chose pour développer l'intelligencegé11érn/e de nos classes moyennes. Les manufacturiers se sont plaints avec raison que nos élèves manquent d'initiative. L'infériorité de l'Angleterre vis-à-vis de l'Allemagne dans les sciences pratiques a été attribuée par les hommes compétents, non pas tant aux i11stit11tio11s spéciales de l'Allemagne qu'au niveau plus élevé de son instruction secondaire à un point de vue général. » - « Or, remarque M. Fouillée, en Allemagne, l'instruction secondaire a le latin et les humanités pour fondement inébranlable. » Du reste, ce qui marque bien le caractère inférieur du mode de préparation de notre enseignement moderne, c'est que les élèves qu'il produit, s'ils ignorent le latin, ne savent pas mieux les langues vivantes. Les langues vivantes sont, en effet, le grand d1eval de batàille des partisans de l'enseignement spécial. A quoi sert de pouvoir traduire un texte d'Horace, si l'on ne peut traduire une lettre en anglais ou en allemand ! Les élèves « modernes » ne connaissent donc du latin que ce qu'ils _en apprennent dans les traductions. M_ais ils ne connaissent pas mieux l'anglais ou l'allemand, car dans un concours, entre la grosse moyenne des élèves classiques et un choix fait parmi les élèves de l'enseignement moderne, les classiques l'ont. emporté, pour les langues vivantes, avec une supériorité de 0.22 sur les modernes. Nous ne saurions suivre M. Fouillée dans toutes les considérations de fait et çle théorie qui militent selon lui pour la restauration ou tout au moins le maintien de ce qu'il reste d'études classiques en France. Un point nous a frappé, cependant, que nous devons indiquer ici. C'est à la guerre dirigée contre les humanités que M. Fouillée attribue la redoutable concurrence faite par l'enseignement congréganiste à l'Université. Les campagnes entreprises en faveur de l'enseignement moderne se sont appuyées sur une critique excessive et injuste de l'enseignement tet que Je donnait l'Université. On a déblatéré contre l'internat', comme s'il eùt été possible d'envoyer à domicile, dans les campagnes, les profe~seurs de nos lycées pour instruire les jeunes gens. Les établissements congréganistes_ ont profité de la défaveur jetée sur l'Université.
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