La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

506 LA REVUE SOCIALISTE REVUE DES LIVRES Les ttudes classiques et la Démocratie, par A. FouILLÉE. 1 vol. in-16. Armand Colin, Paris. - Ce livre est un cri d'alarme que kront bien de méditer nos dirigeants, car c'est à eux qu'il s'adresse. Déjà M. Fouillée avait exprimé des craintes graves, dans un ouvrage précédent (r), sur la décadence de notre enseignement classique, entraînant, par voie de conséquence naturelle, la décadence de la culture générale. On va répétant que la vitalité d'un peuple se manifeste bien plus \'ictorieuscmcnt par la somme des efforts matériels tentés pour développer ses forces de production, que par l'élévation du niveau moyen de sa culture désintéressée. C'est une gra\·e erreur, au sens de notre auteur. Il est aussi indispensable de se prémunir contre l'affaiblissement del'« influence intellectuelle, littéraire et artistique » de la France, que contre l'affaiblissement de sa cc puissance économique, industrielle et commerciale ». Les deux forces de rayonnement et d'expansion sont étroitement dépendantes l'une de l'autre. Cela est si vrai, que nos concurrents industriels les plus directs les associent intimement et se gardent de vouloir favoriser celle-ci aux dépens de celle-là. Ils savent trop bien qu'en donnant le pas à ce qu'o:1 appelle les études c, utilitaires », sur les études désintéressées dites « classiques >>, ils ne feraient que prt'.:cipiter leur décadence commune. « Est-cc par l'abandon des études latines et même grecques, que l'Allemagne a conquis un rang si élevé, d'abord dans les sciences, puis dans les divers arts, y compris celui de la guerre, enfin dans l'industrie et le commerce? l, - « Quant à la sagesse anglaise - qui n'a mis récemment en cause que !'opportunité du grec, non celle du latin, - au lieu de tout bouleverser du jour au lendemain, elle se livre à des comparaisons statistiques sérieuses et à des enquêtes patientes. Le « maître en chef», de Clifton, par exemple, apri:s des recherches sur les carrières parcourues, au sortir d'Oxford et de Cambridge, par les étudiants en sciences, conclut (quoique anglo-saxon) qu'il existe un avantage considérable du côté de ceux qui ont eu l'éducation la plus libérale ». Enfin l'Amérique, au témoign:ige de M. Brunetière, s'efforce de développer l'enseignement classique. On va donc répétant une sottise, quand on nous' montre l'étranger se préoccupant d'assurer à la jeunesse scolaire un pur enseignement utilitaire, débarrassé des connaissances générales que comporte l'enseignement clàssique. La Russie, à la veille d'organiser une école d'ingénieurs, s'est livrée à une (1) L'E11seig11e111ae1n1tpoint de v11e11atio11al (Hachette).

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