La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LE CO~GRÈS DE MO'.'JTLUÇON 5or PAIX ET DÉSARMEMENT Sur la proposition du citoyen Paul Lafargue, au nom du Conseil n\- tional, et après ul'l échange d'observations diverses, la résolution suivante est l'objet d'un vote unanime Le parti ouvrier français qui, avec les partis socialistes de l'ancien et du nouveau monde travaille et lutte pour l'avènement d'un ordre nouveau dans lequel, les classes disparues, l'humanité unifiée trouvern enfin, :wec la liberté et le bien-être, la paix délinitive, aspire plus ardemment que personne it mettre fin :i cette barbarie:\ la deuxième puissance que représentent les armements de plus en plus gigantesques de l'heure présente. Mais il sait que malgré le gaspillage d'hommes et d'argent qu'entrainent de pareils armements, le désarmement est defemlu :\ une société qui, dans le domaine de la production et de l'é.:hange, arme classe contre classe, indi\'idu contre indi\'idu. li s,tit que, quoi qu'elle puisse être le vœu universel, la paix est interdite il une société basee sur la lutte ou la guerre économique de tous contre tous. Et il ue demande la disparition du militarisme qu',1 la disparition mème du régime capitaliste qui l'engendre et le maintient fatalement. .., Aussi, se refuse•t-il :\ prendre au sérieux la dernii:re proposition du tzarisme russe mal déguisé en abbé de Saint-Pierre, et ne peut-il que se demander: qui trompe+on? qui espère-t-on tromper avec une semblable utopie? Parmi les gouvernants, il se peut que les plus intelligents, se rendant compte que la guerre europc:enne est de plus en plus impossible et que des armées comprenant toute la nation deviennent un véritable péril rc\'Olutionnaire, soient disposés it licencie1 ces armées et it les remplacer par une espi:ce de gendarmerie nationale composée de proftssio1111e/s et exclusivement dirigée contre l'ennemi intérieur, c'est-il-dire le prolétariat et le socialisme . .\bis plus fortes que to.nes les \'Olontés, se riant des plus autocrates et des plus clairvoyants, les nécessités économiques sont lit qui s'opposent même ~ un simple arrêt dans cette progression du mal. Cesser de fabriquer fusils, canons, etc.; mais n'est-ce pas, du jour an lendemain, la ruine de ces puissants industriels du fer et de l'acier, les Schneider, les Krupp, les Armstrong, etc., qui, dans leurs colossales usines du Creusot, d'Essen et d'ailleurs, réalisent des centaines de millions ,i armer leurs compatriotes - et même l'étranger - et sont les véritables maitres des Républiques et des Empires? Licencier la troupe? - Mais ne constituc-t-elle pas le premier m.1rché intérieur, véritable mine d'or pour d'autres puissants capitalistes, chargés de l'approvisionnement (en drap, \"iande, conserves, avoines, etc.) d'hommes et de chevaux par centaines de mille? Et ces milliers de professionnels de l'èpaulctte et du g,1lon, qui ne sont bons qu'il martyriser paysans et ouvriers encasernés sous prétexte de patrie et it les mener, comme aux dernières manœuvres, à la boucherie en pleine paix, quand ils ne les envoient pas sans quinine, c 'cst-:i-dire sans munitions, tomber par sept mille it la fois sous les fièvres de Madagascar ? Que veut-on qu'on en fasse, une fois débarrasséf de leur ferblanterie militaire et rendus à leur nullité civile ? Et ces " hommes " par demi-million qu'immobilise mais que nourrit en même temps l:i caserne? que pourraient-ils devenir, brusquement versés sur le grand marché du travail déjà encombré, s'y rencontrant avec tous les ouvriers congédiés des usines et des arsenaux, pour partager la seule propriété du prolétariat moderne, ces chômages que multiplie chaque jour le progrès du machinisme? Ce n'est pas it uue libération, c'est it la pire des catastrophes que l'on se trouverait acculé par l'absurdité du régime actuel qui ne veut vi\'re que de ce qui le tue. La paix, comme le désarmement, sera. Elle doit être. Mais paix et désarmement sont subor,lonnés au triomphe du socialisme, et tous ceux, par suite, ,qui veulent en finir avec cet état de guerre latente qui n'est qu'une des formes de la concurrence, unique loi de l'anarchie bourgeoise, doivent venir au parti ouvrier, au parti socialiste comme au seul parti vo11/a11et pouvant la paix. Daus le cas cependant où la conférence proposée aboutirait à se réunir et où la

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