500 LA REVUE SOCIALISTE C'était encore insuffisant comme piège aux travailleurs. Et lorsqu'ils songèrent à le recruter une clientèle dans le prolétariat, déj:i convaincu que la libération du travail est affaire d'expropriation, il leur a fallu se proclamer, eux aussi, expropriateurs et substituer - par une misérable contrefaçon que Bebel a pu justement appeler le socialisme des imbéciles - :i la grande reprise par la société de tous les moyens de production le pillage anarchique des boutiques et des banques jui,·es. Tout cel.1 pour aboutir - lorsqu'on met au pied du mur leur croisade contre les Rothschild - il l'abrogation du décret Crémieux et au refus des droits politiques aux Arabes, maintenant exploités par eux après avoir été indistinctement ,·olés par les ciuéticns et les juifs! On a, d'ailleurs, pillé. Et tout ce qui est sorti de ces provocations suivies d'effet ç'a été, sans qu'un seul banquier juif ait subi le moindre dommage, l'emprisonnement par centaines des prolétaires entrainés, quand cc n'a pas été des cadavres d'ouvriers et de paysans comme en Galicie. Rétrogradation il la fois politique et économique, l'antisémitisme a cependant un point de cont.1ct a,·cc son ennemie : la bourgeoisie libérale. Comme celle-ci, il nie ou ne ,•eut pas voir J.1 division de la société en classes. Il nie ou ne veut pas voir, chez les Juifs comme chez les chrétiens, l'existence d'une classe exploitée et d'une classe cxploitrice, le capitaliste juif ayant il côté - et au-dessous - de Iui, le prolét.1riat juif si nombreux et si é·crasé, notamment en Angleterre et aux l~tats-Unis. C'est pourquoi, malgré toutes ses pétar.1des démagogiques, 1'.111tisémitisme n'a j.tmais pu foire illusion il une fraction quo:lconque de la classe ouvrière consciente et organisée. C'est ù l'unanimité des dix-neuf nationalités représentées et aux applaudissements des traYaillcurs du monde entier que, dës aoùt 1891, le congrès international de Bruxelles repoussait a,·e, horreur cette guerre de race ou de religion qu'on prétendait substituer il la lutte des classes - nécessaire, ccllc-1:i, - des prolétaires de toutes races et de toutes nationalités contre les capitalistes de toutes nationalités et de tontes races, et l'exécutait ,omme une simple dc,·iation inutikment tentée par la réaction gouvernementale et propriétaire aux abois. LE NATIONALISME Au nom du Conseil national, k citoyen Jules Guesde propose et th'.:,·cloppc la résolution ~uivante, adoptée également it l'unanimité : Le nation.tlismc que l'on \'eut opp◊<er :1 l'internationalisme ou,·rier, n'est qu'une double manœu,·re politique et économique. Il n'est pas même une rétrogradation, ne correspondant .'1aucun fait dans le passé - la noblesse et le clergé d'autrefois comme la bourgeoisie de la Ré,·olution, ayant été, toutes deux, ,1 des titres di,·crs, mais également, internationales, ne connaissant pas de frontière~. Les Condé et les Turenne, par exemple, peu,·ent, sans déchoir, passer de l'armée espagnole à l'armée française qu'ils mènent au feu successi,·ement l'une contre l'autre; de méme que dans la bouche des révolutionnaires de 89, le mot «patriote» exclut tous les défenseurs nationaux de l'ancien régime et co111prend, au contraire, tous les peuples prétendus étrangers appelés .'1 com111unier dans la haine des tyrans. li est en ,ontradiction a\'ec toute la société moderne, qui est esscntiellc111c11t internationale dans sa production et ses échanges, échappant par ses sciences et ses arts :i toute condition de frontières. Ce ne sont pas ~culement chemins de fer, postes et télégraphes, qui ont dû revêtir cette forme cosmopolite; c'est la matière même de toute l'industrie et de tout le commerce qui, empruntée a tous les points du monde et exportée dans toutèS le, directions, permet, seule, une existence qui n'a de national que Je nom. Ainsi con\'aincu de n'avoir ni passé ni présent, le nationalisme n'existe : d'une part, que comme un moyen de diviser et d'armer les uns contre les autres les travailleurs dont l'affranchissement est subordonné à leur union internationale; d'autre part, quecomme un moyen pour la classe capitaliste de rançonner ses prétendus compatriotes (.1vec son sucre national, son blé national, son bétail national et autres marchandises nationales qu'il s'agit de vendre le plus cher possible :i la nation devenue un simple débouché). Le nationalisme n'est donc pas seulement le dernier mot de la duperie, il est encore et surtout Je dernier mot de l'imbécilité.
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