La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE ÉCONOMIQVE 495 une irrégularité de travail 1111 peu plw gra11deque les ateliers ordinaires; l'irrégularité est considérable pour les auxiliaires et le personnel sociétaire jouit, au con!raire, d'une fixité d'emploi notablement supérieure à. celle de la moyenne des ouvriers français. En d'autres termes, l'aléa du chômage est reporté sur les auxiliaires. » Ainsi', voilà donc l'aboutissant définitif de la coopération : elle devait substituer un régime de travailleurs libres associés, propriéfaïres de leurs instruments de travajl au régime capitaliste, en concurrençant la production capitaliste, et la production des associations ouvrières est, après soixante ans d'efforts à la poursuite pénible de cet idéal, ce qu'une goutte d'eau est a l'océan~ elle devait affranchir l'ouvrier de l'exploitation du capital conquis par le labeur opiniâtre des travailleurs associés et le capital s'est dérobé obstinément à ces mains avides ten- ·dues puérilement vers lui comme l'enfant tend innocentement sa main au ciel pour y décrocher les étoiles. Enfin quand l'ouvrier alléché par ce titre plein de promesses {( ASSOCIATION OUVRIÈRE DE PRODUCTION )) frappe à la porte d'une de ces sociétés dont les membres se débattent entre l'échéance difficilement payée d'hier et la faillite de demain, l'ateJier coopératif oü il entre doit être considéré par lui comme un lieu de refuge précaire oü il ne fera que passer. L'instabilité du personnel occupé dans les sociétés ouvrières est plus grande que dans l'atelier ·capitaliste. Que nous sommes loin, en face de la réalité que nous révéle l'enquête faite par l'Office du travail, des promesses Ïdéales de la coopération ! Le rapporteur définissait ainsi le but poursuivi par l'enquête : « Mesurer, dit-il, les efforts faits pai- les ouvriers pour substituer au « salariat >) l'association intime du capital et de la maind'œuvre, pour remettre entre les mains des employés et ouvriers qui y travaillent Ja gestion en commun et les bé~éfices totaux des entreprises industrielles. » La mesure des efforts tentés, la communication de M. Fontaine ne la donne que d'une façon trés incompléte, car les affres au milieu desquelles se débattent les coopérateurs ne sont rien à côté de celles qui ont poigné des milliers d'autres sociétaires avant eux. Pour une association existant en 1895·, dix sont mortes antérieurement et ce qui s'est dépensé d'énergie, de savoir, d'opiniâtreté dans l'âpre lutte après laquelle les associés ont dû se disperser est incommensurable. La seule chose que peut mesurer, avec quelque chance d'exactitude approximative le secrétaire de l'Office du travail, c'était le résultat obtenu. Or ce résultat c'est zéro, néant! • Est-ce à dire, pourtant, comme nous le faisions observer au début, que l'on doive· condamner sans appel toute tentative d'association ouvrière de production et traiter en ennemi du prolétariat quiconque s'efforce de grouper quelq~es camarades en vue de s'affranchir de la

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