La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

488 LA REVUE SOCIALISTE pour la plupart des sociétés nouvellement fondc'.:es. Les banques qui les commanditaient, à la tête desquelles se trouvaient des hommes comme Lc'.:on Say, Frc'.:déric Passy, Cernuschi n'avaient pas tardé à perdre tout ou partie de leurs avances, et les travailleurs se montraient de plus en plus réfractaires aux promesses que les cconomistes et les philanthropes du ten~ps leur faisaient au nom de la coopc'.:ration ouvrière. En 1881, un renouveau se produisir, coïncidant une fois de plus avec le rc'.:veil de l'idéal socialiste et, comme en 1863, en opposition avec le socialisme lui-même. C'est à l'l'.:poque oü se fonda le parti ouvrier. Soci;:distes et coopérateurs sont rivaux. Les coopérateurs reprochent aux socialistes leurs tendances révolutionnaires, traitent de chimères et d'utopies malsaines leurs plans de rénovation intégrale, rc'.:pudient la lutte des classes, et les sbcialistes à leur tour appellent les coopérateurs agents de la bourgeoisie, stipendiés du capitalisme, traîtres à la classe ouvrière. Les socialistes exagc'.:raient sans doute 1 dans les accusations qu'ils formulaient contre la coopc'.:ration, rc'.:pudiée en bloc comme l'ennemi de l'amélioration ouvrière. Il y a\'ait, cependant, dans leurs griefs, une part de vérité. Il est certain que le pouvoir voyait de bon œil la guerre faite par les coopc'.:rateurs au socialisme et qu'il favorisait ouvertement ces derniers. Le coopératisme apparaissait alors à certains qu'émeut le problème social contemporain, mais qui ne sauraient accepter la solution socialiste, un socialisme s;ige, pra-_ tique, qu'il convenait d'encourager an détriment de l'autre, le socialisme sans cpithète. La coopc'.:ration redevint donc à la mode dans les milieux de philanthropes et d'économistes. Le pouvoir, d'autre part, se montra disposé à tenter quelque chose pour ces ouvriers laborieux et bien pensants qui restaient sourds aux appels enflammés des agitateurs professionnels. Charles Floquet, préfet de la Seine, reprit, au compte de son administration, le décret du 15 juillet 1848, et promulgua un arrêté facilitant aux associations ouvrières de production leur admission aux travaux de la Ville. Jusqu'à 25,000 francs, elles pourront être admises de grc'.:à gré à soumissionner des travaux. Elles sont dispensées en partie du cautionnement; des dispositions spéciales leur assurCJ1t le paiement rapide des travaux exc'.:cutés. A partir de 1883, la ville de Paris leur distribue une partie du legs Rampal qui avait laissé à cet effet une ~omrne de 1,400,000 francs. A la même date se fonde la chambre consultative des associations, sorte de bureau permanent formé par la délégation des sociétés fédc'.:rces. Enfin l'État ouvrit une enquête sur le dc'.:veloppement des socictés, à la suite de laquelle, par le décret du 4 juin 1888 et la loi du 29 juillet 1893, une partie des dispositions du dc'.:cret de Charles Floquet, applicable seulement dans le département de la Seine, s'étendait aux travaux de l'État, des communes et des départements.

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