La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE ÉCONOMIQUE millions. C'était peu pour révolutionner le monde du travail. Un dernier encouragement officiel leur fut donné le 15 juillet 1848 par l'Assemblée nation~le qui venait de présider à la sanglante répression des jours précédents. Un décret autorisa le ministre des travaux publics à traiter avec elles pour des travaux, soit de grc à gré, soit par adjudication. Mais la défaite du parti sociali~e n'avait calmé qu'à demi labourgeoisie, lente à se remettre des alarmes de février. Même l'idec: coopérative dépouillée du caractère sc1cialiste qu'elle avait revêtu un instant était suspecte. Sur 3 millions, 1,100,000 francs seulement furent distribués à 39 associations. La réaction, qui se précipitait de jour en jour plus furieuse, non seulement annula en partie les décrets du 31 juin et empêcha la mise en pratique de celui du 15 juillet, mais bientôt poursui vit de ses tracasseries policières les associations qui s\~taient formées. La plupart périrent. Quelques-unes, grâce à l'activitc!: de leurs directeurs, à la persévérante opiniâtreté de leurs membres, survécurent au n.aufrage. Mais c'en était fait du grand élan « associationniste » du 24 février. Les sociétés survivantes, abdiquant toute visée sociale, s'adaptèrent de leur mieux aux exigences du régime capitaliste qu'elles avaient tout d'abord la prétention de supplanter et certaines d'entre elles, telles que les tailleurs de Clichy, la société des lunetiers sont devenues des entreprises se différenciant très peu des entreprises patronales similaires. Elles ont un personnel nombreux salarié, à coté des associés, les bénéfices de la production restant à ces deri1iers ou étant très inégalement partagés entre les divers facteurs qui y ont concouru. La bourgeoisie française, sans distinction de nuances politiques, avait été féroce à la coopération de 1848 à 1852, par5e gue l'idée coopérative se présentait comme l'auxiliaire naturelle du socialisme. Sous l'Empire, elle lui fut plus clémente. Mais c'est que déjà l'idée coopérative avait renoncé à l'expropriation partielle de la bourgeoisie qui était au fond des programmes des coopérateurs de 1848 et qu'elle apparaissait même en opposition avec l'idce socialiste, grandie et mieux adaptce aux nécessités sociales. Vers 1860, des libéraux, encouragés par l'Empire, reprirent la conception des associations ouvrières, limitée au but très modeste de favoriser l'élite des ouuiers susceptibles de se grouper et de se discipliner en vue d'une œuvre de production à accomplir. La classe ouvrière sortait des ténèbres o~ l'avait plongée la réaction de juin et qu'avait faites plus profondes le régime de silence inauguré par le coup d'État. En 1863, on comptait à Paris 17 sociétés antérieures à juin de cette année, 8 formées depuis cette date et 15 en voie de formation. Mais le mouvement fut de peu de durée. L'association internationale des travailleurs se fonda et bientôt l'idée coopérative dut céder le pas à l'idée socialiste proprement dite, dont elle se séparait de plus en plus. D'ailleurs, les résultats avaient été désastreux

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