LA REVUE SOCIALISTE la Ré,·olution précipita l'explosion. Mais elle s'était elargie et Buchez s'était vu dépasse. Buchez et'ses disciples étaient presque des libéraux. C'est surtout des progrés <le l'idée, de la contagion de l'exemple, de la conversion des ouvriers à l'efficacité coopérative, qu'ils attendaient la substitution du régime de l'association ouvrière au rcgime capitaliste. La principale école socialiste, la plus puissante par le nombre, par le talent de ses dcfenseurs et le rang que ceux-ci occupaient dans les lettres, le journalisme, et même, à une minute, dans le gouvernement, celle dont Louis Blanc était le leader le plus autorisé, allait beaucoup plus loin. L'association des ouvriers convertis à la pratique de la fraternité et à l'égalité des salaires était bien la base sur laquelle devait s'édifier la société nouvelle; mais Louis Blanc, Pecqueur et les théoriciens de l'école néo-associationniste n'avaient pas l'illusion de croire que cette œuvre colossale s'accomplirait par un miracle de fraternité générale spontanée. Pour que les ouvriers associés pussent produire, il était néces,aire qu'ils eussent à leur disposition matiéres premières, ateliers et capitaux. De là le programme élaboré au Luxembourg et qui consistait à organiser, par les soins de l'Etat commanditaire, un ensemble d'associations ouvrières au compte desquelles l'État eût racheté une partie des ateliers industriels que les ouvriers associés auraient exploités. La production ouvrière serait ainsi entrée dans l'arène de la concurrence économique armée de pied en cap pour faire face à la production capitaliste individuelle; et cela, dans des conditions de lutte bien supérieures à cette dernière, puisque les sociétés auraient été fédérées, étroitement unies, et se seraient assuré un débouché <le consommation réciproque, tandis que les ateliers de production capitaliste individuelle, livrés à l'anarchie industrielle, auraient continué la bataille <letous contre tous qui stérilise tant d'efforts et gaspille tant de produits (1). On sait le sort fait à cette conception par les événements qui suivirent la journée du 24 février. Après trois mois d'agitation stérile et d'une dictature incertaine, au cours de laquelle le mouvement socialiste fut tour à tour contenu, flatté, désarmé, finalement réduit à l'impuissa.nce et acc.ulc à l'insurrection par le gouvernement provisoire, les massacres de juin noyèrent dans le sang les espérances de rénovation sociale. Cependant, au lendemain de février, nombre de sociétés s'étaient formées, auxquelles un décret du 5 juin 1848 attribua un crédit de trois (1) Le programme du Luxembourg visait, en somme, à l'expropriation graduelle de la bourgeoisie et était nettement collectiviste, car il aboutissait à la remjse intégrale des instruments de trnvail entre les m.ï,ns de la collectivité. Le projet des associations ounières, développé par Lassalle et proposé par lui au prolétariat allemand comme résultat immédiat a arracher au gouvernement, n'est que la reproduction du programme du Luxembourg. Lassalle. du reste, reconnaissait cette paternité, sur laquelle il revient dans son dernier ouvrage de polémique contre Sch ulze. '
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