La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE ÉCONOMIQUE magnifiques ambitions nourries dès le début par ses promot~urs ne sont pas complètement éteintes. A l'origine, l' « Association » fut un mot magique. ~ar sa seule vertu, elfe devait en quelques années ébranler • le régime d'iniquités sociales _contre lequel criait la misère ·grandissante du prolétariat naissant, transformer l'ouvrier exploité en cooperateur véritable et libre de la production, affranchie du joug patronal. Et malgré les déceptions qu'au cours de plus d'un demi-siècle les événements ont infligé aux prévisions optimistes des tenants primitifs de la coopération, l'illusion des premiers jours persiste encore dans la foi candide de quelques rares fidèles. Cependant, les faits sont là : l'histoire de la coopération ouvrière et les progrès accomplis en plt.1sde cinquante années d'efforts patients, sans cesse renouvelés, proclament l'inanité des résultats obtenus. C'est en 1831, en effet, que Buchez tenta.pour la première fois d'organiser la coopération en France, en fondant une association d'ouvders menuisiers et un journal, !'Atelier, qui eut une vie plus longue que la société, car celle-ci ne vécut jamais que sur le papier. N'importe! Les coopérateurs annonçaient. qu'ils allaient révolutionner le monde, et ils croyaient à l'efficacité du moyen, car les premiers statuts de la première association mort-née portent la trace de cette préoccupation de transformation radicale du régime capitaliste. Le fonds social devait être« inaliénable et indivisible; s'augmenter indéfiniment par le prélèvement d'une part considérable sur les bénéfices. L;entreprise ne devait pas être un capital possédé par l'ouvrier; toutes les épa1·gnes étaient abandonnées pour l'amélioration du sort des travailleurs futurs et le développement de l'idée coopérative » ( r). La conception, on le voit, était grandiose. Elle tendait, tout simplement, :i substituer la production des ouvriers associés, devenus tout-puissants par la seule vertu de leurs volontés, à la production capitaliste. Mais Buchez et les collaborateurs de !'Atelier, dont les hommes <le notre génération ont pu connaitre un survivant en qui la foi robuste des premières années ne s'était pas démentie un instant (le sénateur Corbon), semaient une graine singulièrement lente à germer, car leur première tentative échoua. Quelques années après, plusieurs sociétés coopératives se fondèrent pourtant; mais avec des statuts d'une portée sociale moins générale, et ce n'est qu'en 1848, au lendemain de la Révolution de février, que les propagateurs de l'idée purent croire toucher au terme de leurs déboires et de leur impuissance. De 183 r à 1848, en effet, sous l'influence de l'évolution économique rapide qui s'était effectuée, le socialisme était né et l'idée coopérative occupait une large place dans le. mouvement socialiste dont (1) Arthur Fontaine. -

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