454 LA REVUE SOCIALISTE sources nécessaires dans l'exagération d'une taxe indirecte sur l'alcool, au lieu de les demander à une taxation directe, c'est-à-dire au monopole de sa fabrication ou au moins de sa rectification, - admit un impôt communal, progressif ou dégressif, sur la propriété (centimes additionnels, valeur vénale, et valeur locative) et aussi un impôt sùr les successions s'élevât-il au quintuple de l'impôt perçu actuellement. La première commission fut unanime à protester contre l'innovation des licences à Paris, mesure qui n'aurait comme résultat tangible que d'augmenter les bénéfices des intermédiaires, et aurait l'inconvénient d'arrêter en route les effets du dégrèvement, de ne pas les laisser aller à leur destination, à la masse des consommateurs; et, par là même, de ne pas solliciter la consommation, de ne pas augmenter son chiffre, de maintenir fermé le marché de Paris. Contre toute exagération prohibitive des droits sur l'alcool, et en faveur du monopole, M. Brousse s'écrie : Mais ce ne sont plus seulement les alcools dénaturés que l'on tenterait de régénérer, ce ne sont plus seulement des sels doubles de soude et d'éthyle que l'on distillerait. Chaque logement aurait son petit appareil clandestin pour fabriquer de l'alcool. Remarquons, en effet, qu'au moment même où cette prime à la fraude serait créée, on fournirait aux fraudeurs, par la franchise complète donnée aux vins, cidres, bières, la matière première nécessaire à la distillation de l'alcool au plus bas prix possible. Avec un hectolitre de vin à ro0 pouvant valoir 12 francs l'hectolitre, les droits supprimés, on distillerait aisément pour 10 litres d'alcool. Le litre d'alcool vaudrait ainsi 1 fr. 20 centimes. Et on pourrait le revendre jusqu'à 7 et 8 francs le litre. Il n'entrerait plus dans Paris un litre d'absinthe ou d'amer, tandis qu'on en fabriquerait à l'intérieur avec de l'alcool et les fameuses sauces des « boutiques à poisons » si connues. M. le professeur Riche raconte que, devant le groupe agricole de la Chambre, M. Le Chevalier s'est amusé à préparer un liquide rappelant l'anis par l'odeur et !'absinthe par la couleur, et cela par le simple mélange de quelques gouttes d'essences avec de l'eau-de-vie. Cette histoire des « bouquets artificiels » est d'ailleurs bien connue. Dans ses belles leçons sur l'alcoolisme, M. Magnan signalait la falsification du vermouth, du bitter, êtc. « L'essence de reine des prés, disait-il, entrant dans la composition du vermouth et du bitter, les fabricants lui substituent un bouquet artificiel, l'aldéhyde salicylique, qui est un épileptisant moins actif que !'absinthe, mais donnant lieu toutefois, à dose plus élevée, à des accidents convulsifs analogues.... Le salicylate de méthyle est aussi introduit dans la fabrication des vermouths et bitters à la place de l'essence de gaultheria procumbens. ii M. Brousse fut bien l'interpréte de la presque unanimité du Conseil municipal, quand il déclara : Que la suppression des octrois, et plus spécialement l'exoné-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==