La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

444 LA 'REVUE SOCIALISTE Mises a111s1en contact et en échange perpetuel les unes avec les autres, les nations se dépouillent a mesure de ce qui les caractérisait et accusait leurs differences entre elles. Sans parler des lois que la conquête française imposa a certaines d'entre elles et qu'elles ont gardées lors de la reprise ~ie possession d'elles-mêmes, nous voyons tous lès jours les lois générales des pays civilisés se rapprocher davantage de l'unité, soit par imitation de celles qui ont èté reconnues les meilleures, soit par jaillissement spontané, dans des milieux identiques, de règles publiques adéquates. Nous pouvons en dire autant des monnaies, ces mesures de la valeur, et des autres mesures du temps, de l'espace et de la pesanteur; en ce moment même nous voyons le système décimal faire une propagande fructueuse dans les pays ou il n'est pas encore adopté, et son adoption n'y est plus qu'une question de temps. Les langues elles-mêmes s'additionnent journellement de mots empruntés à l'étranger et un empereur allemand a dû renoncer à faire la guerre aux mots français qui avaient envahi le déji si riche dictionnaire teutonique. Rien ne nous dit qu'elles ne courent pa~ ainsi à l'unité. Nous pouvons voir les schémas de cette unitè future dans la rèfornie de l'orthographe dont s'occupent tous les peuples soucieux de ne pas sacrifier le fond à la forme. Nous pouvons constater aussi qu'un rudiment de langue universelle perce partout dans ce fait que quantité de substantifs d'origines diverses sont entrés simultanément dans plusieurs langues avec la même acception et dans cet autre fait que la terminologie scientifique, forgée de mots d'une commune origine, tend à être également la même dans toutes les langues. Reste ce qu'on a appelé les caractères nationaux. Mais resteront-ils réellement quand l'identité de production, de circulation, de besoins, de récréations, de concepts d'art, de connaissances scientifiques aura été réalisée dans la famille européo-américaine? Quand une province arriérée entre aujourd'hui dans le concert Je la civilisation, n'entend-on pas déplore1 qu'elle perde son pittoresque, c'est-à-dire son caractère propre, pour se fondre dans l'ensemble de la nation? N'est-ce pas déjà aujourd'hui les classes cultivées sans distinction de nationalité qui approchent le plus de l'unité? Il y a assurément moins de différence entre un Tolstoï et un Victor Hugo, qu'ientre le grand écrivain russe et un moujik et entre celui-ci et un paysan français. Que restera-t-il alors de l'idée de patrie? Ce qu'il restera de l'idee de famille quand la femme sera devenue un individu libre et que la famille aura uniquement l'amom pour base et pour lien. Il restera de l'idée de la patrie un amour épuré de la patrie, du lieu ou vécurent et souffrirent nos ancêtres et dont notre effort aura fait l'asile désormais inviolable de leurs descendants, un sentiment de fraternelle et active solidarité entre les membres les plus rapprochés dans la famille huI

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