La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA CITÉ IDÉALE 443 nous avons indiqués en examinant l'évolution économique et en constatant la tendance a l'unité dans l'association par absorption des associations et des individualités antagoniques. Les grandes formations capitalistes n'ont déja plus de patrie, a proprement parler, et elles tendent chaque jour davantage a l'universalité. Un capitaliste français est copropriétaire ou coexploitant d'usines en Angleterre, de manufactures en Espagne, de mines en Russie, et ainsi de suite, et réciproquement les capitalistes de chaque nationalité le sont dans tous les autres pays que le leur. A mesure que leur conquête économique du monde se poursuit, ils tendent a une meilleure, plus exacte et moins coûteuse adaptation des moyens de production aux besoins de consommation. C'est ainsi que l'Angleterre, qui fut un pays agricole se suffisant a lui-même, est devenue une nation plus spécialement industrielle et éommerçante. En l'état d'insécurité des temps anciens, une telle transformation n'eût pu s'accomplir sans condamner la nation qui l'opérait a mourir de faim. Aujourd'hui qu'une sécurité relative existe, cette meilleure adaptation a eu pour résultat de faire de l'Angleter_se la plus riche nation du globf. C'es,t vers cette meilleure adaptation que, par la sécurité croissante, toutes les nations marchent sous l'impulsion du capitalisme aujourd'hui, et que demain elles marcheront d'un pas plus sûr et plus rapide sous l'impulsion du socialisme. • Plus rapides encore que les produits, les pensées, les résultats de la connaissance, franchissent les frontières et se partagent l'e.mpire des esprits sans vouloir en connaître davantage la nationalité que ceux-ci ne leur demandent quelle est la leur. « L'art et la science n'ont pas de patrie, » est un dicton courant dans toutes les langues qui se parlent en Europe. Paris acclame Wagner tout comme Berlin fête Berlioz. La théorie de l'évolution n'est pas anglaise, bien qu'un Anglais l'ait formulée: elle est de la nationalité de tous ceux qui l'acceptent comme l'hypothèse scientifique la plus plausible sur l'origine des êtres vivants. Pour ne parler que de la littérature française, elle a été espagnole avec le dix-septième siècle, anglaise avec le dix-huitième et allemande dans la première partie du dix-neuvième. Depuis, elle a été russe et scandi!1ave. En réalité, elle n'a jamais cessé d'être française; mais aussi a aucun moment de sa vie si active et si féconde, et c'est la le secret de son activité et de sa fécondité, notre littérature n'a jamais cessé d'être en communication et en échange avec la littérature des nations voisines. De même les littératures étrangères échangent entre elles et avec nous. Ainsi se forme et se développe un concept général sur le goût, la mesure, l'harmonie, la beauté, non seulement en littératu_re mais encore dan·s les arts. Et ainsi la pensée humaine dans sa fleur épanouie concourt a réaliser l'unanimité parmi ceux qui la cultivent -- et p'armi ceux qui s'en délectent. /

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