La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

442 LA REVUE SOCIALISTE \ éléments essentiels. Rappelons-nous la déconvenue philosophique et sociologique de certains disciples de Darwin trop empressés à transporter dans le domaine moral et économique la théorie de la lutte pour l'existence. Si donc la philosophie des sciences naturelles a été incapable à elle seule d'expliquer le mouvement du monde moral et l'évolution des sociétés, comment des sciences aussi spéciales que l'anthropologie et l'ethnographie auraient-elles la prétention d'y réussir? Les nations de l'Occident européen et leurs colonies émancipées ou en yoie d'émancipation forment la masse directrice et prépondérante de l'humanité. Depuis bien longtemps déjà elles forment une civilisation distincte, homogène par bien des points, les plus essentiels, et leurs guerres ne sont que des querelles de famille dont on peut prévoir la fin. Il y a en chacune d'elles des caractères communs à toutes et qui pour n'affecter d'abord qu'un petit nombre <le phénoménes ou n'exister à l'état de concept que clans un petit nombre de cerveaux, tendent cependant à se généraliser et à s'unifier par dessus les fronticres politiques. Les manifestations de la vie sociale vont chaque jour s'étendant, se généralisant, s'internationalisant davantage, et nous pouvons rendre au capitalisme cet hommage qu'il a été un puissant agent de ce mouvement nécessaire et bienfaisant vers l'unité humaine. Prenons un de nos concitoyens et voyons comme déjà des caractères internationaux le marquent, parfois à son insu : Le pain qu'il mange est fait de blé d'Amérique ou de Russie, la viande lui est venue de la Plata, son café de Java et il fume du tabac de Turquie. Ses vêtements sont en laine d'Australie, son foulard en soie de Chine, son linge en toile de Hollande, à moins que l'Inde n'en ait fourni le coton. Les portes et les fenêtres de son appartement sont en bois de Torvége, les jouets <le ses enfants ont été fabriqués en Allemagne et sa montre à Genévc. L'hiYcr il se chauffe de houille belge et l'été il se rafraîchit avec un éventail du Japon. De leur côté, les étrangers s'empruntent mutuellement et nous empruntent ce qui leur manque ou ce qu'ils préfércnt. C'est une banalité de rappeler cela. Cependant il le faut. Nous jouissons de l'étonnement du voyageur quand, arrivé dans l'Ouest américain, il y trouve les ameublements et les modes de Paris ou de Londres, et de sa stupéfaction quand, chez un prince indien ou un roitelet négre, il rencontre les mêmes objets adaptés vaille que vaille au goût du milieu. Mais déjà les si remuants et si initiatifs Japonais qui fréquentent nos écoles et visitent nos manufactures ne nous font plus retourner quand nous les voyons passer, revêtus de notre vêtement accidenta 1 et assimilés à notre vie extérieure. C'est cette identité croissante qui met les nations en concurrence économique, mais c'est elle aussi qui résoudra en harmonie cette concurrence par les moyens que

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