La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA CITÉ IDÉALE 441 même chemin, sous forme de règlements dans les associations et de concept définitif de la souveraineté dans le cerveàu de chaque citoyen. Quand l'homme asservi d'aujourd'hui, asservi a des contraintes extérieures et intérieures, sera devenu le citoyen idéal, il sera digne d'hahiter la Cité ideale. Nulles autres mains que les siennes d'ailleurs, ne la construiront, et elle sera réellement un acte de sa volonté libre. --- XII LES NATIONS DANS L'UNITÉ DE CITÉ Nous avons indiqué comment un statut de liberté par conventions volontaires réciproqu!s tend à se substituera l'indépendance absolue des nations. C'est ici le lieu d'y insister, car il demeure bien entendu: d'une part, que la Cité idéale resterait une pure construction de notre esprit si nous prétendions l'édifier sur un point unique du globe, au milieu des cités trop réelles qui, l'entourant de toute part, ne tarderaient pas a la détruire; d'autre part, qu'une telle cité ne peut être édifiée . que par l'ensemble de l'humanité parvenue, par la connaissance de soimême et des choses, à un concept général commun et à une égalité identique, dans leur ·variété, de besoins, de désirs et de voÎontés enfin harmonisés. Qu'on ne voie pas là une barrière placée comme pour établir une sorte d'impossibilité de réalisation de ce rêve d'unité par identification de tous les membres, encore si différents, de la famille humaine future. Que si l'on objecte l'état-de profonde inégalitl'.: d'évolution des diverses races humaines dispersées sur le globe, leurs différences de mœurs, de croyances, de culture, nous pourrons d'abord répondre qu'il y a en effet une infinité de manières d'être dans l'erreur tandis qu'il n'en est qu'une seule d'être dans la vérité. Que si l'on ajou·te que certaines races sont condamnées à errer longtemps avant de parvenir aux concepts relatifs de vérité acquis par les races supérieures, nous répondrons que le temps ne fait rien à l'affaire, et que, d'ailleurs, s'il a fallu vingt ans à un homme très ingénieux pour inventer un objet utile, il ne faut que vingt minutes au premier ignorant venu pour utiliser cet objet et s'en servir aussi bien que l'inventeur lui-même. Ne nous laissons donc pas émouvoir par les constatations d'appnrence désolante que nous apportent les spécialistes de l'anthropologie et de l'ethnographie. -Recevons avec reconnaissance les documents qu'ils nous fournisse.nt et par lesquels l'humanité se connaît mieux, mais laissons à d'autres qu'eux le souci d'en tirer les conclusions sociologiques générales dont ces documents ne constituent qu'une partie des

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