LA CITÉ IDÉALE 439 I qu'il aura c_rééepar son acte de liberté. Prétendra-t-on qu'au contraire en déléguant son autorité il a aliéné sa liberté et s'est donné un maître dans la personne de son dél~gué? On aura certainement raison si son vote n'a pas été libre, c'est-à-dire s'il a été émis sous la contrainte extérieure d'un individu de qui il dépend ou sous la contrainte intérieure qui l'empêche d.e connaître sa liberté et par conséquent d'en user. Mais si son vote n'est pas dirigé par un maître économique ni égaré par sa propre ignorance, ce vote est aussi libre que sa conscience politique est compléte. Il se peut que sa liberté ait été annu_lée par le vote servile ou i.Rs-conscient de la majorité, que le délégué ne soit pas le sien et qu'en conséquence son acte de liberté ait coopéré à créer par elle un acte d'autorité qui se manifestera contre sa liberté. Mais non : Ce n'est pas son acte de liberté qui a coopéré à l'acte d'autorité qui lui est consécutif, mais bien l'acte de non-liberté de ses concitoyens. Il y a donc, on le voit tout de suite, un vice fondâmental de raisonnement chez ceux qui prétendent que le citoyen qui délégue sa souveraineté l'aliéne et constitue l'autorité contre sa propre liberté. En effet, s'il refuse, lui conscient et indépendant, de concourir à la formation de l'autorité publique, il accepte d'abord sans protestation celle que lui imposera la masse inconsciente et dépendante. Que s'il prétend faire conquérir le pouvoir à tous ou l'abolir en l'incarnant en tous et en chacun, ce sera par un moyen révolutionnaire qui donnera le pouvoir à des gens qui la veille encore prouvaient leur incapacité même de le déléguer, à plus forte raison de l'exercer. Car ce n'est pas tout. d'en finir avec la contrainte extérieure, qu'une révolution peut certes detruire. On comprend de reste que si la force peut donner le pouvoir, le savoir s'acquiert par d'autres moyens, beaucoup plus pacifiques et surtout moins expéditifs. Tel homme qui ne connaît pas même le dessin sera-t-il libre de faire un tableau parce qu'il aura acquis une toile, un pinceau et des couleurs? Dira-t-on qu'il faut prêcher à la masse inconsciente de s'abstenir de participer par son vote à la formation d'un pouvoir qui s'exerce contre elle, et,/ l'ayant éloignée du vote, l'instruire des conditions réelles et idéales de sa liberté? Il semble à tout esprit réfléchi qu'il vaut mieux augmenter le nombre des citoyens conscients qui font exercice de leur liberté civique, jusqu'à te qu'ils soient devenus la majorité, puis l'unanimité. Il rl'est même pas besoin de démontrer que ce chemin si simple est en même temps le plus commode et le plus direct, en même temps qu'il est le seul qui ne conduise pas aux révoltes stériles suivies des mornes résignations. Fera-t-on cette objection encore : que quiconque délégue son pouvoir substitue· la volonté d'un autre à la sienne propre? Celui qui le délégue sous la pression de la contrainte extérieure ou intérieure ne \ substitue même pas la volonté d'un autre à la sienne, puisque celle- .
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