LA REVUE SOCIALISTE et du devoir s'impose tout naturellement à l'esprit. On se demande si réellement un devoir est bien une obligation et un droit un avantage. On examine de pres le devoir et on y découvre un autre caractere que celui d'obligation: on s'aperçoit qu'en faisant son devoir l'individu ne satisfait pas seulement le droit d'autrui mais qu'il satisfait son propre - droit auquel son devoir s'est tellement identifié qu'il ne sait plus au juste dire si son devoir n'est pas en même temps un droit et non plus un moyen d'obtenir le droit. Que le lecteur se rassure: nous ne poussons pas l'identification du devoir et du droit dans la direction ou Hegel finit par découvrir que le criminel lui-même a droit au châtiment. Ce n'est pas de métaphysique qu'il s'agit ici, mais de réalités dont le présent même peut nous démontrer le caractere purement objectif. Employons une expression plus directe et donnons au droit et au devoir de l'individu social leurs véritables noms: liberté, autorité. Certainement le citoyen qui est libre l'est en vertu du droit. C'est donc sa liberté qui est son droit. Mais il n'est libre qu'à la condition que ses concitoyens le soient aussi, à moins toutefois que sa liberté ne soit faite de l'autorité qu'il a sur eux, mais cette hypothese doit être écartée puisque nous disons que c'est dans une cité composce d'hommes libres que peut seulement s'opérer l'identification du droit et du devoir ou, si l'on aime mieux, de la liberté et de l'autorité. Si sa liberté est conditionnée par celle de ses concitoyens, il est incontestable que sa liberté est de ce fait identifiée à la leur, qui ne peut être amoindrie ou agrandie ·sans que la sienne propre le soit également. Or, qu'est-ce que la liberté publique, au regard de la liberté du particulier? L'autorité, évidemment. Allons-nous tomber dans le fossé ou le patient d'Hegel attend et réclame son droit au châtiment? Point. Cependant, prenons garde: nous le côtoyons. Cette autorité publique, identique à la libertc publique, faite comme elle de la liberté de chacun, est donc faite aussi de l'autorité de chacun; elle est dans tous, mais elle est également en chacun. Quand, donc, le citoyen accomplit un acte civique quelconque il peut dire indifféremment qu'il exerce un droit ou qu'il remplit un devoir. Déjà, aujourd'hui, pour l'accomplissement de l'acte civique fondamental de notre démocratie imparfaite, c'est-àdire pour le vote, le citoyen dit : « Je vote parce que c'est mon droit et mon devoir. >> Il croit distinguer, mais si on le presse de définir son droit de vote, c'est son devoir qu'il définit, et inversement. Ou, plutôt, il donne une seule et unique définition qui s'applique à la fois au droit et au devoir, et par ainsi les identifie absolument l'un à l'autre. Son vote, acte de liberté, crée une autorité mais non une autorité qui lui sera extérieure, puisqu'elle sera la garante de sa liberté et ne s'exercera que contre qui voudrait y attenter. Cette autorité sera donc la sienne, exercée à son profit et en son nom. Ce sera donc sa liberté
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