LA CITÉ IDÉALE 437 appliquént. A ceux que peut effrayer une telle persp_ectivc, nous pouvons déclarer que s'ils acceptent la suppression de l'Etàt ils sont forcés d'accepter égale~ent la suppression de la loi en tant que manifestation impérative à l'iu.dividu de la volonté collective. Nous pouvons ajouter, pou-r- ceux qui considéreraient la suppression de l'État comme une impossibilité, que, si nous avons le bonheur de pouvoir leur démontrer qu'un jour ,viendra où la loi positive ne sera plus nécessaire, nous aurons par surcroît démontré plus complètem~ent qu'un jour viendra aussi où l'État disparaîtra, et que ce sera précisément le même jour, la mission de l'État étant précisément d'assurer l'exécution des lois. Une des formules fondamentales du droit politique et social idéal de notre temps est qu'il n'y a pas de droits ·sans devoirs ni de devoirs sans droits. Cette formule répond très exactement à la conceptio1, métaphysique que nous àVons encore du bien et de sa récompense, du méfait et du châtiment. Elle extériorise en quelque sorte la sanction, et en réalité nous serions déjà bien heureux si ·des lèvres elle descendait dans les cœurs et des inscriptions dans les faits. Longtemps et d'une manière absolue les droits furent le privilège des uns et les devoirs la charge des aut-res. A présent, on réunit les devoirs et les droits, tout au moins verbalement, dans les mêmes individus, mais on conserve aux droits et aux deYoirs un caractère d'opposition qui fait qu'au lieu de se voir imposer son devoir par un individu qui est son souverain, le citoyen a l'impression qu'il lui est imposé par la loi qui est sa souveraine, ce qui ne rend pas pour cela la loi et le devoir plus aimables à ses yeux. Que cette impression subsiste en notre temps, oü cette sorte d'obligation légale est subie plutôt que consentie, cela se conçoit parfaitement et il serait étonnant et désolant qu'il n'en fùt pas ainsi, car ce serait le signe que nous avons tellement conservé le pli des servitudes et des passivités héréditaires, qu'il ne nous est pas encore possible de protestei- contre la charge qui pèse sur nos épaules. Mais elle disparaîtra nécessairement, après que l'on ·aura pris l'habitude de considérer le droit et le devoir comme deux marchandises qui s'équivalent et qu'on ne peut échanger que l'une contre l'autre, et de se dire que le meilleur moyen d'exercer son droit c'est de remplir son devoir. Quand· on en est là, on examine la marchandise d'un peu près. Avant d'entrer en échange, on pèse le droit et on mesure le devoir, on suppute leur valeur et on leur demande leur certificat d'origine, on rejette impitoyablement les faux droits que le voisin veut vous imposer en é_change de devoirs réels, on secoue le fardeau des devoirs dont le voisin vous a chargé en échange des droits qu'on lui a laissé prendre, et finalement les deux plateaux de la balance, après avoir longtemps oscillé, finissent par s'équilibrer. Quand on les a réunis dans ses mains, un nouvel et plus minutieux e.xamen du droit
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