LA REVUE SOCIALISTE la couronne posthume il signera tout à l'heure l'arrêt qui jettera à la prison et au désespoir l'héritier et le continuateur de celui qu'il vient d'apothfoser officiellement. Les fils seront-ils toujours lapidés avec les ossements de leurs péres ? Mais voici déjà venir leur reyanche et leur justification. Déjà le veto d'un prince de la finance fait plus que les efforts de toute la diplomatie pour empêcher la guerre d'éclater entre deux peuples, et ainsi apparaît aux yeux clairvoyants l'inutilité des diplomates. Déjà, dans les solutions Mtardes apportées aux crises ministérielles, le public s'aperçoit malicieusement que tel homme d'État qui fut ministre des finances dans un précédent cabinet accepte d'être dorénavant pourvu du portefeuille de l'instruction publique. Cette facilité de passer du commerce à la justice et de la guerre aux beaux-arts édifie le public sur les facultés et suries aptitudes de ses gouvernants, et aussi sur leur scepticisme fondamental. Il sait que ce seront les bureaux, les administrations compétentes, qui gouverneront et, tenus loin du public par le ministre qui leur sert de couverture, pourront continuer de traîner le char de l'État dans les orniéres du passé. En même temps que la haute direction de l'État perd ainsi sa raison d'être, surtout en un temps où les attributions et fonctions se subdivisJnt à l'infini, afin de sui,-re l'infinie complexité de la vie sociale de ce temps, cette idée se fait jour dans le public, et se propage, que de tels administrateurs fictifs sont devenus à présent plus dangereux encore qu'inutiles. On le voit, il n'est pas jusqu';\ ceux qui dirigent l'État qui ne servent à propager. la notion de son inutilité et à préparer le moment où l'État, ayant restitué ses attributions et ses fonctions aux intéressés volontairement et consciemment associés, n'aura plus qu'à disparaître, comme ont disparu déja les moyens plus primitifs de gouvernement de l'humanité. Chaque citoyen, alors, sera son propre gouvernant, mais répétons-le au risque de fatiguer le lecteur, il n'assumera cette charge, il n'exercera ce pouvoir que lorsqu'il en sera devenu capable. XI ABSORPTION DE LA LOI DANS LA VOLONTÉ COMMUNE La disparition de l'État par suppression de ses fonctions de gou - vernement des hommes et restitution aux groupes et aux individus de ses_attributions d'enseignement, de renseignement, de production, de circulation et de répartition entraînera nécessairement la disparition des lois écrites, des codes qui les réunissent et des tribunaux qui les
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