La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

'. SUR LA PROPRIÉTÉ ET LES PÈRES DE L'ÉGLISE 35 la pauvreté était la base. Mais au laïque non plus - nous l'observons nettement da.ns les paroles de Thomas d'Aquin, - il ne fut pas pennis, bien qu'une chose lui appartînt personnellement, d'en jouir librement. Il devait faire don de tout ce qui n'était pas strictement nécessaire à son entretien personnel. De la sorte il approcha de l'idéal aussi prés qu'il était possible, en vivant aussi plus conformément au Droit de la Nature selon lequel tout sur la terre est propriété commune. Le travail fut un moyen de défense contre les tentations de la chair, selon les idées du Moyen-Age, la propriété fut un moyen de défense contre la paresse, le manque de conscience et le mécontentement. Ce fut, il est vrai, une déviation de l'idée de l'imitation du Christ, tenu en si grande estime au Moyen-Age, mais cette concession _ fut faite seulement parce qu'une négation totale de la propriété eût été une Împossibilité essentielle qui aurait eu pour conséquence une aversion totale des doctrines de l'Église. De là vint aussi que la secte des Apostolici fut condamnée. On peut seulement reprocher à l'Église de Rome d'avoir persécuté avec tant de véhémence les adhérents de cette secte et d'avoir amené ses chefs au bûcher. Dans l'histoire, Rome a si peu connu ]a/pitié ·et la miséricorde vis-à-vis de ses adversaires! En général, cependant, la reconnaissance de la propriété dans les limites du nécessaire fut un mal qu'on tolérait seulem_ent pour éviter un mal plus grand. Le, commentaire de ce passage de Thomas d'Aquin porte assez loin pour que je puisse être plus court quant aux autres citations. Celles-ci ne renferment pas ces explications profondément philosophiques que nous donne Thomas d'Aquin et elles obligtront les adversaires des théories ici développées de faire l'objection qu'Ambroise et Grégoire n'ont fait autre chose que de recommander le précepte du christianisme : la charité, et de combattre l'a,·arice. Nous, de notre côté, nous posons aux adversaires qui se placent à ce point. de vue, cette question : Les pères de l'Église pouvaient-ils agir autrement en leur temps? Pouvaient-ils faire davantage? De la sorte, nous devons obliger nos adversaires à examiner ce qui servait de base à la condamnation de l'avarice; nous devons les forcer de pénétrer plus avant dans les idées du Moyen-Age que le font ordinairement les prêtres, ou leur critique. ·Dans l'état parfait, sans péché, l'institution humaine de la propriété P.articulière ne serait pas nécessaire. Ambroi~e confirme ceci en disant que « l'avarice a partagé les droits de la propriété ». Et sur la nature de la: propriété, il est de la même opinion que Thomas d'.Aquin, il la traite comme quelque chose « qui est octroyéau ge11relmrnain ii en y ajoutant : « et même à tous les animaux ". Aussi cette dernière adjonction est-elle juste au point de vue des I

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