La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

430 LA REVUE SOCIALISTE satisfait, ne se fait pas faute de crier bien haut contre le peu de dévouement des représentants du peuple à la chose publique. En sorte que, dans la Cité moderne, les citoyens agissent un peu comme les sauvages qui, s'étant taillé une idole dans le bois ou la pierre, ne se gênent pas pour la briser quand elle leur refuse la pluie ou le beau temps. Mais aussi pourquoi est-il tant d'idoles qui promettent la pluie et le bea:.i temps? Et, surtout, pourquoi des idoles? C'est néanmoins par ce chemin inégal et qui, à certains tournants, semble la conduire à l'opposé de son but, que la démocratie marche vers son perfectionnement, qui est la connaissance et la possession de soi, dans l'autodéterminisme le plus complet. Déjà le gouvernement se fond dans l'État, comme le gouvernant disparaît dans le fonctionnaire. Les attributions politiques, oppressives et compressives, de l'État cèdent chaque jour le pas à des attributions d'utilité générale, et nous pouvons prévoir un temps ou l'on s'étonnera qu'il y ait eu une religion d'État, une morale d'État, un art d'État, un enseignement d'État, alors qu'il n'y avait pas même une hygiène d'État, ni une assistance d'État, ni une statistique d'État, ni une assurance d'État. Nous sommes dans une époque de transition qui nous étonnerait bien si, n'étant pas nous-mêmes de notre époque, nous pouvions faire attention aux contradictions qu'elle accumule. Nous découvrons tous les jours de nouvelles richesses, et nous ne voulons pas nous débarrasser des richesses d'autrefois, aujourd'hui en ruines et en haillons. Nous nous déclarons incroyants et nous salarions les cultes. Nous proclamons la nécessité de l'hygiène, et nous protestons contre les règlements publics qui nous l'assurent. Partout le mort saisit le vif et tente de l'étouffer. Malgré cela, ou plutôt grke à ce conflit, les esprits s'éclairent, chacun voit plus nettement la place qu'il occupe dans la Cité et juge plus sainement ceux qui occupent également la leur. L'individu aspire à devenir une portion de l'État, non plus pour la vanité du commandement et du pouvoir, mais pour associer son effort à l'effort collectif. Mille associations naissent dans l'État, à côté et au dehors de lui, qui prétendent concourir à l'administration, à la conser-. vation et au développement de la chose publique. Des modestes compagnies de pompiers de nos villages aux académies ou se congratulent dans une éphémère immortalité des illustrations parfois inconnues, des associations d'enseignement populaire aux sociétés musicales ou de gymnastique, des groupements politiques aux sociétés philanthropiques, c'est un immense concours de fonctionnair.es volontaires se préparant à devenir l'État en développant dans l'être collectif, la force, l'intelligence, la bonté, la beauté. Ne sourions pas de ce fonctionnariat hono:.-aire., innombrable et varié., ni des vanités ou des ambitions qu'il recou~rre, ni des ridicules récompenses auxquelles il aspire, et voyons •

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