LA CITÉ IDÉALE --129 de riches Américaines épouser des rois sans couronne et être reines sans royaume. Dans les nations démocratiques, ou plutôt, car il n'en est pas encore de telles, dans les nations ou se développe la démocratie dans la forme républicaine, il se produit ceci que les représentants du souverain ne jouissent pas à beaucoup près de l'estime et du respect gui entoure les représentants de l'État. Le peuple n'est pas encore habitué à sa souveraineté et, d'ailleurs, nous aYons vu quelles conditions intérieures et extérieures la rendent illusoire. Un rcpn'.-sentant de l'État, un fonctionnaire, un magistrat, si infimes soient-ils, sont pour lui les vrais souverains. Les représentants qu'il choisit, ou qu'il est cense choisir, font ou défont bien les lois, mais comme c'est précisément des lois qu'ont à souffrir les membres de la Cité, et que d'autre part il y a toujours un caractère fondamental de subordination d'<'.-lus:i éleeteurs, ceux-ci s'en prennent :\ ceux - là non du mauvais fonctionnement général, mais de cc qui leur arrive personnellement de des:igréable. De plus, les fonctionnaires de l'État en appliquant les lois lèsent des intérêts particuliers; ceux-ci recourent aux élus non pour le redressement d'un tort ou un rappel à la loi, mais pour qu'il supplie tel fonctionnaire de leur eviter le dommage ou la punition que leur i11observation des lois ou des réglements leur a valus. Si les élus du peuple ne veulent pas favoriser ceux qui ont YOté pour eux et leur procurer des emplois dans les fonctions publiques, si, pour garder leur independance vis-à-vis du pouvoir exécutif et remplir en toute liberte leur devoir de contrôle vis-a-vis de ses actes, ils refusent de se mettre au service des intérêts particuliers, les mécontents fero11tcontre lui une telle campagne auprès des électeurs gu\i l'expiration de son mandat il courra grand risque de n'être pas réélu. Au citoye11 mécontent du dommage que lui c:1.usel'application de la loi, le fonction11aire repond: « C'est la loi, je n'y puis rien. Je ne suis qu'un agent d'exécution.» Le député, s'il fait la mème réponse, s'attire cette réplique: ,, Si la loi est ainsi, changez-la. - Je ne puis la changer seul. - Eh bien, changez-la pour moi. Intercédez auprès de ses agents d'exécution, et ses riguc1:1rsme seront épargnées. - Si je le fais pour YOus,il faudra que je le fasse pour d'autres.'- Les autres, je m'en moque. Vous ferez pour eux ce que vous voudrez. Faites pour moi ce que vous devez. Ne vous ai-je pas élu? Songez que si je vous ai fait, je puis vous défaire.» Si l'élu objecte qu'on ne l'a pas «fait» pour cela, sun interlocuteur ne comprend plus, car l'intérêt est là pour l'empêcher de comprendre. Cqmme un trop grand nombre d'élus ont pour le pouYoir une sorte d'amour maladif qui leur ôte jusqu'à la notion des raisons pour lesquelles ils sont censés l'exercrr, ils s'inclinent devant l'injonction et s'exécutent sous la menace de l'électeur qui, même avant d'être I •
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