La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE ciduque, quitte à la réveiller et à en exagérer les sévérités dans certains moments de troubles. Des attributs extérieurs de la souveraineté qui autrefois, et encore aujourd'hui, en Orient et dans !'Extrême-Orient, ·excitaient ù la fois l'admiration et la vénération des foules, que subsiste-t-il? Si le plus puissant monarque européen tentait aujourd'hui de faire re\'ine le cérémonial et les cortéges dont ne pouvait se passerle moindre seigneur des temps disparus, ce serait une risée générale. De ses attributs extérieurs, de la pompe qui les signalait aux regards des foules, il ne reste plus que la parade militaire. Quand un souverain européen \'CUtse montrer à son peuple dans tout son éclat, il n'a pas un costume spécial où figureraient la couronne, le sceptre et le manteau, ou, quand ce costume existe, il ne sert qu'au jour de la proclamation ou du sacre, et plutôt comme apparence symbolique de la sou\·erainet<'.:.Si le souverain tient à endosser un costume qui le distingue d'un négociant ou d'un industriel, il est contraint d'emprunter l'uniforr,1e d'un de ses régiments, et s'il veut donner une signification à sa présence dans telle ou telle cérémonie, il lui faut endosser tel ou tel uniforme d'un régiment national ou d'une nation alliée, mais il ne peut sortir du costume militaire. Il faut ajouter que, gr[ice à la fiction constitutionnelle gui fait du monarque le chef des armées, il peut donner l'uniforme aux membres de sa famille et transformer même les femmes en colonels honoraires. Mais parfois la fiction empiéte sur la réalité : le sou\'erain fait généraux des enfants, ses enfants, alors qu'ils ont à peine l'Jge d'un sous-lieutenant et les capacités d'un caporal. On a vu, dans la guerre turco-grecque, l'état-major hclléne embarrassé d'un tel chef désorganiser même la retraite et la changer en déroute pour sauver la précieuse personne d'un général du « bon plaisir » qui n'eut pas même le courage d'un simple soldat. Les princes s'embourgeoisent, aujourd'hui. Quand ils prennent les vices..àe la classe où ils tombent, ils n'ont de plus vif plaisir que de s'en aller faire la fête, sous u11transparent incognito, dans les villes Je joie; ils font des dettes, et moins heureux que don Juan vis-:\-vis de M. Dimanche, il leur faut trouver des moyens de payer leur:: créanciers autrement qu'en belles paroles. Quand ils prennent les vertus bourgeoises, en fonctionnaires prudents qui se savent ;\ la merci d'une révolution, ils placent leurs économies à l'étranger. Un jour viendra où il n'y aura plus de royaumes ni d'empires en Europe. On verra néanmoins de bons bourgeois, d'allures sinon de naissa1~ce, se parer encore des titres de roi et d'empereur, comme nous voyons encore de nos jours des ducs, des marquis, des comtes et des barons, bien qu'il y ait beau temps que la féodalitc ait été abolie et qu'il n'y ait plus trace en Europe de leurs duchés, marquisats, comtés et baronnies. Et si le régime capitaliste subsiste encore ~vec ses privilèges et ses ridicules, nos enfants \'Crront

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