La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE - LA CITÉ IDÉALE (Suite etfin) IX ABSORPTION DU GOUVERNEMENT DANS L'ÉTAT Au temps ou l'État était absolument la chose du gouvernement, le pouvoir du gouvernant était absolu et l'histoire tout entiére nous prouve qu'il exerçait bien plutôt ce pouvoir pour en recueillir les fruits que pour satisfaire aux besoins réels de la communauté humaine. Le gouvernilnt, le gouvernement et l'État étaient complètement identifiés à la personne du prince ou de ses représentants. Entrait-il en guerre avec un voisin, ce n'était pas pour défendre la communauté ou la rendre plus prospère, mais pour défendre son propre domaine et accroître sa propre puissance. La communauté n'existait pas pour lui comme but, mais comme moyen; il ne lui appartenait pas, c'est elle qui lui appartenait. La force avait établi ces rapports entre lui et elle, et la force les maintenait.C'est seulement à la longue que le souYerain se reconnut des devoirs envers la communauté, et lorsq.u'en celle-ci commença de s'éveiller le sentiment de sa force et de son droit. Il est encore des pays ou ce sentiment n'est pas éveillé. Les roitelets de l'Afrique sauvage font reposer leur droit sur leur force, et nul dans le troupeau humain dont ils sont les bouchers plutôt que les pasteurs ne peut même avoir le sentiment qu'il en doive être autrement. Dans nos civilisations même, il est des quantités considérables d'individus en qui la notion civique sommeille encore. Pour eux, l'autorité, quelle qu'elle soit, est un être formidable et extérieur, dont on ne doit pas plus raisonner les actes qu'en examiner les droits. A leurs yeux, le plus humble fonctionnaire est à la fois le gouvernant et le gouverne-

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