422 LA REVUE SOCIALISTE un des facteurs de l'évolution, laquelle peut être accélérée ou ralentie par elle. Dans le cours des siecles, le développement social devint de moins en moins le produit de l'instinct, de forces inconscientes et de . plus en plus il subit l'influence des idées, des buts poursuivis et de l'idéal entrevu. • Certains individus peuvent beaucoup sur leur époque, et quelques-uns l'ont montré, par leur esprit supérieur, par leur plus'l1aute culture intellectuelle, par leurs victoires sur les traditions, sur les préjugés de classe et de parti. En un mot, il y a échange d'influence entre l'individu et la société et entre les faits et les idées. Toutes les théories, donc aussi le matérialisme historique, doit reposer sur des faits et un examen méthodique des faits n'est pas possible sans un point de départ bien défini, sans un idéal comme but. L'idéal, c'est la perfection humaine, ce sont nos passions purifiées, c'est l'homme dépouillé de son égoïsme, c'est la lutte pour la purification de l'humanité devenant notre premiere, notre seule vertu. C'est ainsi seulement que le socialisme deviendra ce qu'il doit être, non la bataille pour le meilleur morceau de pain ou de viande, pour les jouissances personnelles, mais les efforts de notre race vers ce qui est bon et ce qui est beau. C'est alors q8e la question sociale sera « ce qu'elle doit être avant tout, une question morale». (Emile Vandervelde.) La société n'est pas un organisme au sens physiologique du mot, c'est une réunion d'hommes, et chaque modification de cet organisme se produit par ces hommes. Le développement social n'est pas du tout indépendant de l'activité des individus, est seulement independant de la volo11té de certains d'entre eux. La direction de l'évolution sociale est donnée par les rapports économiques. Cependant la maniere dont elle se produit, ainsi que sa célérité plus ou moins grande, dépendent, dans de certaines limites, de l'activité de quelques individus. C'est surtout dans notre siécle, avec sa presse mondiale, son commerce rapide, la vapeur et l'électricité, que l'influence et la puissance de l'individu sont devenues grandes. Un Napoléon, un Darwin, un Bismarck, un Rothschild, un Marx, un Zola, tous ces hommes qui ont laissé une si profonde empreinte sur l'évolution sociale moderne, n'auraient pas été possibles autrefois. La société, le milieu économique, forme les hommes et exerce de l'influence sur leur caractere; par contre, les hommes exercent sur la vie sociale une influence trop peu appréciée généralement. Le régime capitaliste, qui repose sur la propriété privée des instruments de production, doit naturellement éveiller dans les cœurs l'égoïsme le plus étroit, mais ce régime trouve ses adversaires les plus dangereux
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