LA REVUE SOCIALISTE A la véritc, son astuce très réelle n'entrerait que pour une part dans ce résultat; les di \·isions du fameux « concert )}, l'indifférence profonde des hommes d'État du monde chrétien pour le rcglemenf du probléme crétois en auraient été les facteurs les plus efficaces; mais il n'est pas moins certain que les succés d'Abdul-Hamid apparaîtraient incomparables à ses sujets, à tout l'Islam fanatique, du Soudan au Turkestan et à l'Inde, et que la force de propagande de la religion de Mahomet en doublerait. L'Europe, préoccupée de son expansion exotique, a-t-elle saisi les rapports de la question de Crete, de la question d'Orient avec les intérêts qu'elle défend au loin, sur toutes ses frontiéres coloniales? A-t-elle pense à un nouveau réveil de la poussée mulsulmane et sait-elle en un mot, qu'il y a un danger immcdiat pour elle - et non seulement au dehors, mais à l'intérieur même de ses divers domaines d'Asie, d'Afrique.:, à p~·cparerdans les eaux de Candie, une nouvelle victoire du Commandeur des Croyants? * * * )fous avons tàché d'indiquer, de façon cursive, les traits essentiels de la situation internationale, et de doser approximativement l'influence, l'autorité morale de chacune des puissances. La substitution progressiYe et incontestable de la lutte commerciale aux guerres dynastiques et nationales, les classemerrts nouveaux qui se sont opércs dans le monde, et dont nous avons montré les relations étroites avec la hiérarchie purement économique des États, tout atteste que l'équilibre des forces dans les Deux Hemispheres a déja subi et subira encore d'importantes transformations. L'cYolution actuelle ne peut aboutir qu'a des groupements nouveaux des diHrses sociétés civilisées. L'i1wasion des États-Unis, et a degré moindre, du Japon; l'irruption prochaine d'autres contrées, dans la concurrence générale, surtout la prédominance du conflit d'Extrêrne-Orient qui englobera toutes les puissances de p·remier plan, autant de causes qui détermineront, à brcve échéance, la rupture des cadres où se mouvait l'Europe. Elle ctait jusqu'ici divisée en deux ligues : la Triplice et la Duplice. Ni l'une ni l'autre ne survivront aux raisons essentiellement temporaires, et l'on peut ajouter, factices, qui les ont suscitées. La Triple Alliance, conception bismarckienne, n'a servi que l'Allemagne. Ni l'Autriche-Hongrie, ni l'Italie n'ont eu à se féliciter de cette combinaison dynastique. L'Empire germanique lui-même ne peut plus tirer aucun avantage d'un pacte qui le lie a des États san. consistance ou sans énergie. De quelle utilité, en cas de conflagration, lui serait l'Italie écrasée par ses budgets, dévorée par la misére ? Quel fonds serait-il en droit de faire sur l'Autriche-Hongrie tiraillée pour le
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