412 LA REVUE SOCIALISTE grandes portions officielles de l'État, la Cisleithanie et la Transleithanie, qui ne s'accordent ni sur leur quote-part fiscale, ni sur leurs relations douanières. Guerre, au Parlement de Vienne, entre les Allemands et les Tchèques, avides ceux-la de domination, ceux-ci de liberté et de satisfactions nationales; guerre, au Parlement de Pesth, entre les Hongrois et les Slaves, entre les Hongrois et les Roumains; guerre, dans telle Diète provinciale, entre les Slaves de diverses origines, dans _ telle autre entre les Serbes et les Italiens; partout un choc des parcelles ethniques, encore aggravé des dissidences politiques 'entre les libéraux et les conservateurs, des dissidences religieuses entre les antisémites et les gauches plus tolérantes, des dissidences sociales entre le socialisme <lèjà fort et organisé et les réactionnaires qui voudraient le comprimer par la violence. Aucun pays au monde ne sert de théâtre à de pare~lles querelles, ne recèle autant de haines: Les séances du Reichsrath de Vienne, dans ses dernières sessions, dépassent à coup sûr en désordres, en brutalités, en anarchie, tout ce qu'ont pu rêver les plus farouches adversaires du parlementarisme. L'empereur François-Joseph sortira-t-il de cette pénible situation? Réussira-t-il à rétablir la paix, recourra-t-il au fédéralisme qui jettera l'Autriche dans une voie nouvelle, ou consolidera-t-il, on ne sait trop comment, les prérogatives politiques des Allemands et des Hongrois? D'aucuns estiment qu'il ne vivra pas assez longtemps pour voir le deroulement logique des évènements qui se préparent et qui aboutiront, selon toute vraisemblance, à la désagrégation de l'Empire. François-Joseph mort, la dissolution se précipitera plus rapide encore, soit qu'un archiduc lui succède, soit que triomphent des régimes imprévus. Avant longtemps, il n'y aura plus à l'Orient de l'Europe chrétienne, à la lisière de l'Islam, qu'une poussière de nationalités hostiles, antagonistes, pleines de fureurs longtemps couvées. Comment se refera l'agrègat de ces populations tant de siècles rivées les uns aux autres? Nous n'envisagerons pas les mille hypothèses qui ont été èmises par les spécialistes. Il nous suffit de constater à cette heure, l'état critique ou se débat l'Autriche-Hongrie. On conçoit que les heurts de ces divers éléments aient paralysé son action au dehors, que son rôle en Europe se soit atténué, qu'elle ait dû abandonner ou ajourner son grand dessein dans les Balkans-. Elle a pu conserver, de par la grâce de la Russie, la Bosnie-Herzégovine, mais il est hors de d~ute que son influence générale a décliné depuis le Congrès de Berlin, et que son rapprochement intime avec l'Allemagne et l'Italie ne lui a valu que des avantages imaginaires. La Triple Alliance ne l'a pas préservée des revendications des pangermanistes sur ses plus riches districts cisleithans; sa subordination au cabinet de Berlin n'a fait qu'accentuer la
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==