La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA S!TvATIO~ IKTERNATIOKALE 41 I en l'absence d'ennemi européen, une grande puissance pacifique, riche de son agriculture et de son industrie, elle s'est faite militariste. Humbert, aprés Victor--Emmanuel, s'est entouré d'une police qui' absorbe le quart du budget de la Péninsule. Car c'est une police, une garde royale que cette armée entretenue non point de l'argent, mais de la moelle même du pays, et qui, sans le dérintif d'Erythrée, ne se serait jamais mesurée qu'avec les citoyens. Tout, depuis trente ans, a cté conçu, la-bas, dans l'intérêt des souverains. L'alliance avec l'Allemagne et l'Autriche, incompatible avec le développement naturel de la Péninsule, est de caractére purement dynastique. L'entreprise coloniale d'Abyssinie n'ayait pour but que l'utilisation de ce militarisme ruineux. Si la maison de SaYoie cherchait vraiment des débouchés · économiques, elle n'avait qu'à se tourner vers ces contrées du Nouveau Monde, l'Argentine, la Colombie, le Chili, le Brésil, où l'élément italien a parfois débordé tous les autres éléments µnmigrés. Sans guerres et sans dépenses, par une attention un peu soutenue, l'on pouvait s'y ouvrir d'avantageux marchés et satisfaire facilement aux conditions de l'État moderne. La marche de Baratiéri contre Ménélik n'était qu'un expédient de politique intérieure, pour justifier le maintien de cette armée parasite et réhabiliter le programme d'Humbert. L'on conçoit • que la catastrophe d'Adoua ait rejailli sur le roi, ébranlé la Péninsule sur ses assises, et préparé de grands changements qui ne tarderont plus. L'Italie vaincue par un État à peine organisé de pasteurs, n'a plus grande influence dans le monde. Ses soubresauts intérieurs offrent un intérêt autrement pressant que son action diplomatique en Europ!! et ailleurs, à peu prés annihilée. Bien que qualifiée de grande puissance, elle n'a été qu'une ébauche aussitôt disloquée. Elle aussi ne revivra, ne retrouvera ses gloires antiques, que dans la Révolution. Nous saluons le peuple de Milan, ceux qui tombérent sur les barricades du Corso, ceux qui expient dans les geôles de Pallanza et d'Alexandrie leur noble tentative pour la liberté. Ceux-là ont compris le devoir - et l'ayant vu, lui ont donné leur jeunesse et leur Yie. Depuis deux ans, l'éventualité d'une dissolution assez prochaine de l'Autriche-Hongrie a jeté une complication de plus dans la politique. internationale. Occupés ailleurs, soucieux de leurs propres difficultés, il ne semble pas que les gouvernements aient accordé à cette grosse question toute- l'attention qu'elle mérite. C'est une lutte profonde, pleine de conséquences- de toute nature, que le conflit aujourd'hui ouvert entre les éléments tudesque, magyar et slave de la monar'chie de François-Joseph. Guerre entre les deux

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