4_08 LA REVUE SOCIALISTE constitution économique du pays. Ceux qui ont jeté les bases de nos annexes en Asie, en Afrique,"songeaient bien moins à créer des débouchés qu'à entourer la République naissante d'une auréole de gloire et à donner à l'armée recréée des champs de manœuvres. La guerre exotique leur a été aussi la plupart du temps un dérivatif, - un expédient - pour paralyser au dedans la poussée d'une démocratie plus exigeante. Dans cette double poursuite d'un objectif militaire, la France s'est lentement anémiée. Si vaillant que soit un peuple, si fécond que soit son travail, il arrive des moments où ses épaules plient, où ses ressources se raréfient. Faire face à l'Empire germanique et gaspiller en même temps nos os et nos millions dans la brousse du Niger et dans les jungles d'Indo-Chine, c'était une besogne trop écrasante. Nos dirigeants en ont oublié les conditions mêmes de la puissance d'une nation, à l'époque que nous traversons. Pendant qu'ils colonisaient des sables, ils s'abstenaient de coloniser la France et spoliaient notre production de l'outillage nécessaire (1). L'alliance franco-russ~ a été plus qu'une méprise, - un crime contre l'intérêt national, un ravalement de notre moralité. Elle ne pouvait nous restituer l'Alsace-Lorraine,- ceux qui la négociérent le savaient de reste - et constituait bien plutôt la consécration du sla/u quo. En même temps, nous entrainant d:rns l'orbite de la politique czarienne en Orient et en Extrême-Orient, elle devait fatalement aggraver nos dissentiments avec le Royaume-Uni, sans nous donner la moindre compensation. Elle a donc produit ce résultat étrange de contrecarrer le double effort consenti, durant tant d'années, par le contribuable français, à la frontiére de l'Est et sur la marge de nos Yieilles dépendances exotiques. Qu'on cherche bien en quelle occurence le cabinet de Pétersbourg nous a prêté le moindre appui diplomatique! Est-ce en Egypte; est-ce sur le Niger; est-ce au Siam? Nulle part son action ne s'est manifestée qu'à son propre profit. Et soutiendra-t-on qu'en l'absence de notre pacte avec l'empire moscovite, nos relations avec l'Angleterre n'eussent pas été plus aisées et que nos litiges ne se fussent pas plus équitablement tranchés? Mais il y a plus, et nos griefs contre la Double Alliance sont, si possible, plus accablants encore. La participation de la France aux fêtes militaires de Kiel, en r 89 5, a été exigée par la chancellerie de Pétersbourg. Cette obligation de l'hommage à l'État victorieux, à l'Allemagne spoliatrice, était le plus sanglant outrage qu'on pût adresser à la conscience d'un peuple soucieux du droit.et de sa dignité. Notre effacement dans les aflaires d'Orient, notre veto au (r) Quelques dépensts que nos gouvernements aient faites pour les travaux publics, notre outillage est resté bien au-dessous de celui de l'Allemagne ou de celui de la Holbnde. Voir la Revue du 15 juillet: Notre Décadence Économique.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==