La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA SITlJATIO~ 11\TERt-:ATIONALE vins, d'exclure toute prévention «nationaliste» pour examiner de prcs, aycc la froide rigqeur d'un étranger neutre, la condition de cc pays. A coup sûr, nous ne faisons plus la même figure sur le Continent que lors de la première République, ou, pour évoquer une date plus récente, qu'a l'heure où l'explosion politique et sociale de 1848 jetait au loin, par les démocraties soulevées, l'admiration de la force révolutionnaire française. ominalement nous comptons dans cc qu'on est co1wenu d'appeler le directoire des six grands États; en fait, notre voix n'a plus la même répercussion que jadis; notre vote, dans une délibération collective, ne garde plus la même valeur. En une récente étude, nous signalions la décadence économique de la France; notre décadence politique n'est pas moins visible. ·Entre ces deux phénomènes, il y a peut-être une connexité plus étroite qu'on ne le croit, et, en cherchant bien, on découvrirait que les causes en sont, pour une part, identiques. Il est évident que, de plus en plus, l'importance relative des États sera subordonnée au chiffre de leur population. ous ne nous demanderons pas si, à un point de vue absolu, une augmentation ininterrompue du nombre des habitants est désirable ou entraîne forcément avec elle un accroissement proportionnel de puissance. Nlais l'on ne - peut se garder de constater qu'au milieu de ses rivaux développant , sans cesse leur densité kilométrique, la France reste stàtionnaire. Quelle infériorité ne reléve-t-on pas, i notre charge, vis-a-vis de l'Allemagne, de l'Angleterre, et de combien nous dépassent la Russie, avec ses 120 millions, l'Union américaine, avec ses 70 millions de nationaux! Et qui n'apercevra une relation intime, dans un pays économiquement avancé, entre les conclusions démographiques et les statistiques de la production et de l'échange? Qui n'apercevra, de plus, en comparant les grands États industriels et commerçants, un rapport marqué entre leur activité économique et leur autorité politique? Au moment même où la France réduisait son commerce spécial de 8,300 à 7,400 millions, et même a moins de sept milliards, notre prestige commenç_ait à décliner. La France, saignée par toutes les guerres des deux Empires, mutilée par la campagne de 1870-71, atteinte à la fois dans la solidité de .sa frontière, dans l'intégrité de son sol, et dans son épargne publique, a assumé, au lendemain du traité de Francfort, une tâche gigantesque. Depuis vingt-sept ans, toutes les pensées de nos classes dirigeantes, toutes les préoccupations des gouvernements, se sont ramenées à ces deux points prccis: reprise de l'Alsace-Lorraine, fondation d'un empire colonial. Lorsqu'on essaie de pénétrer les aspirations secrètes des hommes d'Etat qui nous ont menés durant cette étape, on est frappé de cette particularité qu'ils ont tous ou presque tous négligé la re-

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