La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Philippines envahies de marchandises, les trusts de New-York et de Chicago exigeront d'autres débouchés, et qui sait alors de quel côté le cabinet de \Vashington tournera ses coups, quelle puissance il attaquera, quel domaine nouYeau il entendra saisir? Mcnacera-t-il les Antilles anglaises, dont plusieurs ne cachent déjà plus leurs préférences pour le pavillon étoilé, la Barbade, entre autres,- ou nos Antilles françaises, travaillées aujourd'hui par de redoutables problèmes? Reprendra-t-il avec une activité nouvelle, ayec des chances autrement sérieuses le grand dessein des républicains, la pensée de Blaine, en instituant à son profit la fédération totale du Nouveau 1'1onde? Ou encore, poursuiYant sa marche vers l'Extrêmc-Occident, cxigcra-t-il sa part du Céleste Empire, oü sa clientdc commerciale n'a cessé de s'élargir? Telle est la question singulièrement grave en sa portée, même immédiate, que les triomphes de CaYiteet de Santiago \'ienncnt de poser devant le monde civilisé. Il était naturel, conforme à la fatalité de l'histoire, qu'un jour elle se dressùt dans toute son ampleur. Elle n'est pas b complication la moins menaçante de cette fin de siècle, oü la concurrence économique a multiplié les occasions de conflits armés. Les États-Unis n'avaient point de soldats ou du moins les avaient restreints au nombre strictement nécessaire: une première fois, après la lutte de l'esclavage, en 1865, ils avaient réussi à se soustraire au parasitisme militariste; c'est que la guerre cle Sécession n'était qu'un accident sans lendemain, et qu'elle sortait d'un phénomène particulier. La lutte contre l'Espagne, nous croyons l'avoir montré, est, au contraire, la résultante d'une évolution qui se poursuivra jusqu'à un terme encore mystérieux. L'Union ne s'affranchira plus de cette armée dont l'existence lui paraîtra intimement liée à ses aspirations, à ses destinccs économiques. Et ainsi une puissance, qui, de par ses institutions politiques, semblait deYoir être aflranchie à jamais du mili- ,, tarisme, 1ui est aujourd'hui livrée de par son organisation industrielle. Quels sacrifices consentira-t-elle à ce Minotaure de l'époque, voudra-t-elle riYaliser d'effectifs ayec les États du Vieux Monde? Il ne nous convient pas de nous prononcer, quant à présent, mais, en tout cas, l'apparition d'une armée de plus sur la terre n'est guère faite pour tranquilliser les défenseurs de la paix internationale. * * * La Grande-Bretagne, la Russie, l'Allemagne, l'Union américaine, telles sont, en 1898, les puissances qui se disputent sur la scène du globe les premiers rôles. La France, comme au temps de Louis-Philippe, serait-elle devenue la première des puissances secondaires? Il convient d'écarter ici les déclamations cocardières et ridicules des chau-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==