La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

- LA SITUATION INTERNATIO:-IALE ce continent, ou du moins ceux qu'il a pris ne lui ont pas é~é d'une conquête bien onéreuse. Ne pouvant plus guère coloniser, il a exploité les colonies d'autrui, il a expédié ses émigrants dans des États indépendants qu'il transformait peu à peu en annexes morales de l'Allemagne. Ce qui fait la force commerciale de nos voisins, aprés leur habileté à placer leurs produits dans nos possessions de Guinée ou du Congo, dans les dépendances britanniques, etc., c'est la germanisation progressive du Nouveau Monde. Le Pérou, le Chili, surtout l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil contiennent des millions d'hommes de souche germanique qui n'ont pas brisé tout lien avec leur ancienne patrie, et~q·li font, dans leurs nouvelles résidences, triompher son goût, son esprit, son industrie . .--. L'empereur Guillaume II a d'ailleurs jeté son dévolu sur deux pays organisés, mais en voie de dissolution, et qui lui offriront sans doute avant peu de~ marchés considérables. L'Allemagne a été la première a entreprendre le partage de la Chine. Elle s'est installée à Kiao-Tchéou, dans le Chan-Toung avant que la Russie n'eût obtenu Port-Arthur, l'Angleterre Weï-Hai-vVeï, et la France Lai-Tcheou. C'est même son initiative qui a déterminé celles de ses rivales. Kiao-Tchéou n'est encore qu'une petite annexe, mais ses alentours sont riches, très peuplés, et il ne faut voir en e!le qu'une amorce de la future pénctrasion allemande dans le Céleste Empire. On ne connaît pas les promesses échangées à Pékin entre Kuang-Su et le prince Henri de Hohenzollern, lorsque celui-ci, à la tête d'une forte escadre, est venu ancrer sur le littoral chinois, mais nul doute que le noble visiteur n'ait enlevé de précieux engagements. Guillaume II Yise la Turquie et surtout la Turquie d'Asie. La phrase célèbre de Bismarck : la question d'Orient ne vaut pas les os d'un grenadier poméranien, et sa déclaration dédaigneuse : je ne lis jamais le courrier de Constantinople, n'ont plus de signification et jurent étrangement avec les faits contemporains. Aucune chancellerie d'Europe ne surveille les affaires ottomanes avec autant de soin que le cabinet de .Berlin. L'empereur d'Allemagne a \'Oulu asseoir son protectorat sur la Porte, en arrachant le Sultan aux influences russe, anglaise, française, et en faisant des États d'Abdul-Hamid une dépendance économique de l'Empire. Il n'y a que trop bien réussi. Et pour qui étudie attentivement l'objectif poursuivi par l'Allemag 1e depuis cinq ou six ans sur le Bosphore,- son attitude dans les conflits d'Arménie et de Crète, puis lors de la guerre turco-hellénique, puis aujourd'hui encore; en présence des massacres de Candie, s'explique très aisément. Cette attitude n'a été qu'une abstention presque constante, coupée, par intervalles, de manifestations hostiles aux nationalités justement insurgées. Si l'Arménie est retombée dans le silence de sa '

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