La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

402 LA REVUE SOCIALISTE d'opposer le prestige de l'armée à une démocratie grandissante. Nicola~ II n'a pas encore de socialisme à écraser. Le jour oü ses desseins seront réalisés et oü la Russie rivalisera d'actiYité productrice aYec l'Occident, le monde prolétarien se dressera organisé du Volga à l'Oural, mais d'ici là, l'individualisme nihiliste peut seul troubler la quiétude du czar. Il a la faculté d'aimer la paix; son intérêt est de la défendre, parce qu'elle seule lui permettra de développer a son gré les ressources et l'outillage de ses États. On s'explique la circulaire du comte I\Iouravicf sur le désarmement : la paix soubaitcc par tous les peuples, acceptée ayec des sentiments divers par les chancelleries de l'Europe du Centre et de l'Ouest, est une nécessité de premier ordre pour la Russie. Dans l'officine lointaine et mystérieuse de l'Asie, elle élabore patiemment la prépondérance du slaYisme. * * * Le mot de Mirabeau: « la guerre est l'industrie nationale de la Prusse » ne s'applique plus strictement a l'Allemagne. Qu'on le remarque: depuis le traité de Francfort, l'Empire germanique est le seul pays du continent qui n'ait été mêlé a aucun conflit arme, soit europeen, soit exotique. Les circonstances, les combinaisons diplomatiques ont eu certes une part dans cette abstention, mais la transformation profonde que l'Allemagne a subie, dans les Yingt-sept dernières années, n'a pas peu contribué à refréner en elle certaines ardeurs. Elle est devenue depuis 1888 ou 1890 la seconde puissance économique du Yieux Monde; dans l'univers, seule l'Union américaine lui dispute ce rang élc,·é. L'État Germanique, autrefois c1l\'ahi par les marchandises etrangcrcs, YOUé presque exclusiYement a l'agriculture dans les trois quarts de ses provinces, a fait surgir au lendemain de l'unification une mcrYeilleuse activité de production. Son commerce, jadis minime a cote du notre, l'emporte aujourd'hui sur nos statistiques de un à deux milliards; de grands travaux publics, conçus avec méthode, cxccutés a\'cc promptitude, l'ont doté d'un outillage qui rivalise avec celui de la Belgique ou celui de l'Angleterre. A l'embouchure de !'Elbe, il possède un port, Hambourg, qui, avec ses sept millions de tonnes, laisse bien loin derrière lui Marseille et distance même LiYerpool. La Grande-Bretagne n'a pas vu sans émotion les progrès continus de l'Allemagne, sa dextérité à saisir les grands marches, et a ravir la clicntéle de la Russie, de la Hollande, des Pays Scandinaves, de l'Amérique du Sud, - aux manufacturiers Anglais. L'Empire germanique a eu la bonne fortune d'apparaître dans la carrière économique a une heure où la pènctration de l'Afrique était à peu prés terminée. Il n'a pas eu le temps de saisir des lambeaux de

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