LA REVUE SOCIALISTE servitude, si la Grèce a été écrasée et moralement rétrécie, si l'incendie crétois dure toujours, si les litiges d'Orient n'ont pas été provisoirement réglés, l'Empire germanique porte cette quadruple responsabilité. Il a rompu le concert européen, il a affecté de couvrir la Porte. Il a entravé la tâche de la civilisation, mais le Sultan reconnaissant lui a acheté pour des dizaines de millions d'armes et de munitions, et Guillaume II, au retour du voyage de Jérusalem, attendra bien la cession gracieuse d'une parcelle de Syrie ou d'Asie Mineure. Le fait acquis, c'est que l'autorité Germanique. est triomphante à Constantinople, et que sans coup férir, le Hohenzollern a fait une conquête politique et commerciale d'une inappréciable valeur. L'Allemagne nous offre, en cette fin du dix-neuvième siècle, le type d'une puissance à demi militaire, à demi industrielle. Son orientation, ses aliiances seront de plus en plus déterminées par ses intérêts économiques, mais à la différence de la Russie, de l'Angleterre qui ne feront la guerre que pour defendre les débouchés ;icquis ou escomptés, l'Allemagne reste à la merci d'une crise de politique intérieure. Il se peut fort bien qu'au lendemain du traité de Francfort, Guillaume fer et Bismarck aient cru exclure toute opposition antimonarchique et toute propagande subversive en disant à ce peuple saigné par les campagnes de Slesvig, de Bohême et de France : enrichissez-vous. Mais le développement industriel même de l'Empire a fait surgir un prolétariat autrement fort, organisé, et menaçant que celui d'avant 1870. L'armée allemande comme toute armée moderne, a une double fin, elle doit refréner ie socialisme au dedans, repousser à la frontière l'ennemi extérieur. Or une guerre sociale intérieure offrirait des périls, et c'est précisément le progrès croissant du socialisme, effrayant pour la dynastie de Hohenzollern, qui maintiendra l'Allemagne dans le stade militaire, et qui pourra un jour suggérer à ]'Empereur le dérivatif d'une guerre européenne - tan't que ce même socialisme n'aura pas brisé les derniers obst,1cles et renversé l'Empire. * * * L'Union américaine vient de passer au rang des grandes puissances dirigeantes par un coup d'éclat qui équi"î-aut à une révolution de tous les rapports diplomatiques, à échéance plus ou moins brève. Jusqu'ici, sans qu'on le traitât pourtant en quantité négligeable, le cabinet de Washington ne constituait pas une préoccupation pour les chancelleries du Vieux Monde. Renfermée dans une sphère assez vaste sans doute, mais strictement délimitée, son action ne pouvait inquiéter ni la Russie, ni l'Angleterre, ni l'Allemagne, ni la France. On s'était habitué à considérer les État~-Unis comme une grande usme, une
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