LA REVUE SOCIALISTE rain. Les grandes guerres qu'elle a menées au dix-huitiéme siécle n'avaient pas d'autres mobiles que l'intérêt Je son industrie. Il y a cent cinquante ans, elle s'est attachée à la conquête de l'Inde avec la même ténacité qu'elle apporte à l'occupation de l'Afrique ou à l'extension de son influence sur le Céles'te Empire. Méthodiquement ses marins et ses explorateurs ont sillonné le monde, plantant son pavillon sur les terres qui n'étaient à personne, parfois sur des contrées déjà visitées. De même que la Péninsule gangétique fut annexée au temps de Louis XV, que t' Australie et les îles avoisin antes fu rcnt colon isécs dans la premiére moitié de ce siécle, le Continent Noir aura été, avec une rapidité et une continuité de nies prodigieuses, absorbé dans les Jerniéres années écoulées. \,Varrcn Hastings et Clive auront eu leurs dignes continuateurs dans les Cramer et les Cecil Rhodes, pour ne parler que de ceux-là. C'est en vertu d'une sorte de tradition nationale que le Royaume-Uni, aux moments propices, a toujours rencontré des hommes prêts à tout, disposés à piétiner leur conscience et le droit, pour servir ce qu'ils croyaient l'intérêt collectif de la race anglo-saxonne. Ce qu'il faut admirer aussi, c'est la brutalité avec laquelle les hommes d'État d'autre l\fanche avouent leurs plans d'action et les raisons qui les guident. L' « honneur du drapeau » joue un rôle infiniment moins grand chez nos voisins que chez nous. Alors que nos gouvernants n'osaient jamais retirer leurs troupes, proclamer une défaite ou une erreur, s'ils se heurtaient à des difficultcs trop graves, ou si une entreprise coloniale apparaissait trop ruineuse ou trop stérile - les cabinets britanniques se sont montrés fort peu imbus de ce stupide orgueil militaire. Ils ont eu leurs Soudans, mais ils n'ont pas persévéré. Ils ne se sont jamais obstinés dcYant les « terres légéres », suivant le mot de lord Salisbury, dcnnt les amas de rocs ou les sables inhabités. Ils ont évacué l'Afghanistan, abandonné l'Abyssinie, parce que les pertes leur sen:blaicnt hors de proportion avec les avantages éventuels. Tout récemment, le ministérc conservateur ne reculait-il pas à l'occident de l'Inde, de,·a11t les tribus révoltées des Afridis, que Yingt mille hommes n'avaient pas 1ù1ssi à déloger de leurs mo11tagnes? C'est que la Grande-Bretagne ne fait pas la guerre pour la guerre. Elle conduit ses opérations dans les pays neufs, comme un marchand qui calcule tout en vue du profit. Le militarisme envahissant, réfractaire aux ordres des ministres, sacrifiant les soldats et les millions au désir de l'avancement - celui qui sevit sur le Sénégal et le Niger - lui est inconnu. Ni Palmerston, ni Disraéli, les deux secrétaires d'État qui, aprés Pitt, ont le mieux incarné la pensée anglo-saxonne en ce siécle, n'ont dissimulé les motifs réels de leurs grands desseins. Albion absorbe les fragments <lecontinent, comme Carthage semait ses comptoirs, pour drainer le commerce du monde. \
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