La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA SITUATION INTERNATIONALE 397 Attachée exclusivement à ses conYoitises mercantiles, - qui ne valent ni plus ni mo1ns que les autres, l'Angleterre n'a jamais contracté d'alliance à long terme. Apte à saisir toutes les occasions, à profiter de toutes les tourmentes, elle a oscillé depuis deux siécles entre les diverses ligues qui se sont partagé le continent. Elle a toujours été prête, comme l'Autriche de Schwartzemberg, à étonner l'univers par son ingratitude. Nous la trouvons maintenant telle qu'elle a été· au temps de Frédéric II, puis de Napoléon Ier, puis de Napoléon III. Le splendide isolement, vanté par Rosebery, il y a trois ans, est encore sa condition préférée, pourvu qu'à l'heure favorable elle rencontre des appuis - des années et des gouvernements à solder, pour la défense de son propre égoïsme. • Aujourd'hui elle poursuit deux projets, d'ailleurs intimement liés l'un à l'autre. Ils ne sont pas issus des combinaisons gouvernementales; ils ont jailli du cerYeau même de la foule, si spontanés et en quelque sorte si instinctifs, qu'ils se sont imposés, avec une force irrésistible, à tous les cabinets successifs. Libéraux et conservateurs sont attachés à la même œuvre et la continuent parfois malgré eux. Gladstone était le plus pacifique des hommes ; il a dù pourtant, par une -ironie étrange, armer des expéditions, annexer, chaque fois qu'il a pris le pouvoir. Nul n'a plus contribué à jeter les bases de l'immense empire d'Afrique. Salisbury vieilli, soucieux de trànquillité, aspirerait plutôt à arrèter l'expansion asiatique, à éviter les heurts incessants avec la Russie, la France., l'Allemagne, dans le Céleste Empire. Il lui faut consommer la pénétration de la Chine, élargir les sphères d'influence. Les ministres de la Reine sont comme ces nuées du poète qu'une puissance invisible poussait toujours en avant. Tendre une ligne de possessions d'Alexandrie au Cap, à travers la vallée du Nil, les grands lacs, les déserts inexplorés des hauts 'plateaux du Sud; saisir la région centrale de l'Empire du Milieu, c'est-a-dire le riche bassin, du Yapg Tsé, y rattacher tout ce qu'on pourra confisquer du littoral au Nord et au SÏ.1d: voilà le plan du For,eign Office. Il est en partie réalisé; l'Égypte est placée sous un protectorat au moins effectif; le général Kitchener a reconquis les provinces évacuées jadis devant le soulèvement mahdiste; le Ganda, après le massacre des catholiques et des musulmans par le capitaine Lugard, ·a été mis sous l'administration directe de l'Angleterre; au Sud, Cecil Rhodes a allongé indéfiniment les dépendances de la colonie du Cap. En Asie, un traité signé récemment entre la cour de Pékin et l'ambassadeur de la Reine a reconnu la moitit;, ou peu s'en faut, des États du Fils du Ciel comme sphère d'action de la Grande-Bretagne. Le résultat acquis est donc assez beau. Il y a bien des points noirs pourtant. Les Français de l'expédit10n

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