LA SITUATION INTERNATlONALE 395 jusqu'ici laissées volontiers à l'écart se sont ,mises au premier ou au second rang; d'au~res ruinées par le militarisme, dégradées par la domination cléricale, ou soustraites à la grande pensée qui les vivifiait, sont retombées de leur place élevée. Les peuples de race latine, pour se servir d'une vieille expression, en grande partie inexacte, ont vu leur rôle décliner. Ni la France, ni surtout l'Italie et l'Espagne n'ont conservé la force, l'action dont elles disposaient encore il y a dix ans. Par contre, le Japon et l'Amérique sont devenus des facteurs importants, la dernière spécialement. En l'in temps où la puissance économique confère 'le souverain prestige, les grandes agglomérations humaines augmentent de plus en plus leur énergie de rayonnement, et ainsi l'Angleterre, la Russie, l'Allemagne, les États-Unis sont en ·quelque sorte les quatre pièces majeures de l'échiquiet àiplomatique. A ce classement nouveau correspondront des grau pements nouveaux qui se dessinent dès à présent et qui ne reposeront plus sur l'intérêt dynastique ou politique, mais sur l'intérêt économique. La Triple Alliance, la Double Alliance, à brève échéance, ne seront plus que des vocables sans signification, des souvenirs; elles auront accompli leur œuvre ; l'une au profit de l'Empire germanique, au détriment de ses deux co-contractants, l'autre au profit <le la Russie et pour le plus grand préjudice de la France. D'autres pactes vont surgir, plus conformes aux exigences des faits; ils cimenteront des ligues autrement vastes que celles du passé et dresseront en face les uns des autres des zollvereins colossaux qui s'arracheront, avec une âpreté jusqu'ici inconnue, les marchés récemment ouverts. Pas à pas, les sociétés civilisées s'acheminent vers ces coalitions commerciales qui seront l'embryon des fédérations de l'avenir, et qui prépareront le triomphe de l'avant-dernier stade de l'humanité. De la phase des Fédérations à la phase de l'internationalisation universelle, il n'y aura qu'une courte transition. Comme dans le monde divisé en grands fragments d'humanité, les luttes économiques, la concurrence, les antagonismes s'aggraveront sans cesse, les conflits sociaux qui en sont la conséquence immédiate, s'acctntueront encore, atteindront leur extrême exaspération et précipiteront la révolution générale qui affranchira le prolétariat. Telles sont les considérations que suggère, en cette fin du dix-neuvième siècle, un examen de la situation internationale. Peut-être, en étudiant d'un peu plus près la politique de chacun des grands États, réussirons-nous à les justifier. * * * Bien avant les autres puissances européennes, l'Angleterre avait donné la formule de la politique qui triomphe avec l'âge contempo- \
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