\ 39° LA REVUE SOCIALISTE de s'effondrer. Il ne pouvait prètendrc qu'à une action assez médiocre sur les masses travaillèes de besoin, de misère et d'espérance. Aussi, des nouveaux venus au parti radical, M. Doumer, M. Cavaignac, ontils essaye de lui donner une clientèle èconomique. Et ne pouvant s'adresser au prolètariat socialiste et révolutionnaire, ils ont tenté d'amener à eux la petite bourgeoisie et la petite propriété paysanne. Ils ont proposé certaines formules agrariennes et antisémites, et c'est ainsi que le parti radical a été livré à la contradiction. D'une part, avec des hommes comme M. Brisson, il restait fidèle à cet idéalisme abstrait qui ne connaît que l'homme et, d'autre part, avec des hommes comme M. Doumer et M. Cavaignac, il cherchait un point d'appui dans la passion étroite et exclusive de la petite bourgeoisie et de la petite propriété. Ainsi, le radicalisme, héritier de la Révolution qui a émancipé les Juifs, aboutissait, par une de ses tendances les plus décidées, à une sorte d'antisémitisme. Et comme antisémitisme, nationalisme, militarisme se tiennent, le parti des Droits de l'homme glissait à M. de Boisdeffre et a M. Millevoyc comme a M. Drumont. M. Bourgeois, lui, a rêvé un moment la synthèse de tous ces éléments. Son ministère représente une des époques les plus étranges, les plus confuses et les plus ardentes du mouvement politique français. Était-il idéaliste, antisémite, voire même socialiste? Nul ne le pouvait dire : il n'osait pas, il ne pouvait pas répudier le prolétariat, et parfois il ouvrait devant lui de vagues horizons étendus; il esquissait un mouvement agrarien et petit bourgeois qui devait aisément dégénérer en antisémitisme, et il couvrait tout cela des formules les plus idéalistes de la Révolution française .. On comprend qu'il regrette cette période étrange où de chaudes et vagues nuées passaient dans l'espace. On comprend surtout qu'il lui en ait beaucoup coûté de prendre position dans l'affaire Dreyfus, de choisir entre M. Brisson et M. Cavaignac, entre « les Droits de l'homme >> et la démagogie antisémite. Dans le silence prolongé de M. Bourgeois on a vu un lâche calcul, et je ne dis pas qu'en effet il ait été très noble, mais il faut convenir que cette sorte de déchirement et de démèmbrement de sa politique complexe devait lui être particulièrement cruel. Main-.enant, le voila avec M. Brisson, après avoir suivi M. Cavaignac. Est-ce là un choix définitif, et a-t-il décidément rompu avec la Libre Parole qui le caressait hier P.t l'insulte aujourd'hui? ou bien se réserve-t-il de trouver de nouveau, après la tourmente, un point d'équilibre entre l'idéalisme de la grande philosophie révolutionnaire et le réalisme étroit de la petite bourgeoisie antiscmite et chauvine? Quoi qu'il en soit, en toutes ces évolutions et incertitudes la faiblesse interne du radicalisme apparaît. Le socialisme, lui aussi, a été profondément troublé par l'affaire Dreyfus. Dans la croissance rapide et confuse qui a suivi le scan-
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==